Le Niger commémore cette semaine le troisième anniversaire du renversement du président élu Mohamed Bazoum par la junte militaire dirigée par le général Abdourahamane Tiani. Depuis ce 26 juillet 2023, le pays traverse une période sombre, marquée par un recul sans précédent des droits fondamentaux et une dérive autoritaire aux conséquences lourdes pour la population.
Une déconstruction méthodique des fondements démocratiques
Dans son rapport accablant, l’organisation de défense des droits humains Human Rights Watch (HRW) révèle comment le Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP) a progressivement démantelé les mécanismes de contrôle démocratique. Sous couvert de mesures sécuritaires, la junte a instauré un verrouillage institutionnel, étouffant toute velléité de contestation et verrouillant l’espace politique.
Détentions arbitraires et justice instrumentalisée
L’ancien chef de l’État Mohamed Bazoum et son épouse, toujours privés de liberté, incarnent l’arbitraire qui règne depuis trois ans. Malgré les condamnations internationales et les appels à leur libération, le régime maintient une position inflexible. La société civile n’est pas épargnée : l’arrestation de Moussa Tiangari, militant reconnu des droits humains, illustre la répression ciblée. Les autorités ont même modifié le Code de procédure pénale, prolongeant la durée maximale de détention provisoire de 12 mois à quatre ans pour les affaires liées au terrorisme, une décision qualifiée de rétroactive par les juristes.
Les libertés publiques sous haute tension
Le bilan des libertés fondamentales au Niger est alarmant :
- Dissolution des structures politiques : Tous les partis d’opposition ont été interdits, tandis que plusieurs syndicats et associations indépendantes subissent des suspensions arbitraires.
- Censure des médias : Une révision de la loi sur la cybercriminalité donne désormais aux autorités les moyens de museler la presse. En octobre, six journalistes de Niamey ont été incarcérés pour avoir relayé une invitation à une conférence de presse.
- Exil et déchéance de nationalité : La junte étend sa répression aux opposants en exil, comme Mariama Djibrine, privée de sa nationalité nigérienne pour ses prises de position politiques.
Un virage sociétal controversé et un isolement diplomatique croissant
En mars 2025, le régime a durci le Code pénal en criminalisant les relations homosexuelles, avec des peines allant de 5 à 20 ans de prison. Cette mesure a déjà provoqué une vague d’arrestations et perturbé des programmes sanitaires essentiels, notamment dans la lutte contre le VIH. Parallèlement, Niamey renforce son isolement sur la scène internationale : après son retrait de la CEDEAO, le pays a quitté la Cour pénale internationale en juin, privant ses citoyens de toute protection juridique face aux exactions.
La situation sécuritaire, notamment dans la région de Tillabéri, reste critique, avec des pertes civiles enregistrées lors des opérations militaires. Face à ce tableau, les organisations non gouvernementales appellent la communauté internationale à abandonner toute approche complaisante et à exiger sans délai la libération des détenus politiques ainsi que le retour à une transition démocratique.
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