Après des mois de tensions persistantes, le Niger et ses partenaires pétroliers chinois ont enfin trouvé un terrain d’entente. La capitale, Niamey, vient de sceller un accord historique avec les compagnies opérant dans le secteur de l’amont pétrolier et la gestion de l’oléoduc reliant les gisements nigériens à l’Atlantique. Cette résolution met un terme à une crise qui menaçait l’une des principales sources de revenus du pays, déclenchée peu après l’arrivée au pouvoir du général Abdourahamane Tiani en juillet 2023.
Une crise pétrolière née des divergences politiques et économiques
Les désaccords entre Niamey et les opérateurs chinois avaient pris de l’ampleur sur plusieurs fronts : les conditions financières des contrats, les règles fiscales, la gouvernance des coentreprises locales et les modalités d’emploi des cadres expatriés. La China National Petroleum Corporation (CNPC), acteur central du secteur, supervise non seulement l’exploitation du bloc d’Agadem, mais détient également une part majeure dans le pipeline reliant le sud-est du Niger au port de Sèmè, au Bénin. Cet oléoduc, long de près de 2 000 kilomètres et inauguré en 2024, devait propulser le Niger parmi les exportateurs nets de pétrole.
Cependant, les relations tendues entre Niamey et Cotonou, exacerbées par le coup d’État de 2023 et les sanctions régionales qui en ont découlé, ont ralenti la mise en œuvre du projet. À cela s’ajoutaient des expulsions de cadres chinois en début d’année et l’annulation de leurs autorisations de travail. Le gouvernement nigérien reprochait également à ses partenaires un retard dans le versement d’une avance financière de 400 millions de dollars, liée aux ventes futures de brut.
Un compromis négocié dans l’ombre, salué par Niamey
Les négociations, menées en grande discrétion, ont réuni des émissaires chinois venus de Pékin et des responsables nigériens du ministère du Pétrole. L’accord final prévoit une révision des conditions fiscales, un étalement des engagements financiers mutuels et un nouveau cadre pour la présence des travailleurs chinois sur les sites. Le gouvernement de transition y voit la concrétisation de sa volonté d’affirmer une souveraineté économique, tout en maintenant une coopération stratégique avec un partenaire présent depuis près de vingt ans.
Le calendrier de cet accord n’est pas anodin. Dans un contexte régional toujours volatile et face à la suspension de plusieurs partenariats occidentaux, Niamey mise sur les revenus pétroliers pour stabiliser son économie à court terme. Les autorités escomptent une augmentation significative des exportations via l’oléoduc, à condition que la logistique avec le Bénin soit rétablie et que les installations chinoises fonctionnent à plein régime.
La Chine renforce son influence au Sahel
Pour Pékin, la résolution de ce conflit dépasse largement les frontières nigériennes. La CNPC et ses filiales ont investi plusieurs milliards de dollars dans la chaîne pétrolière nigérienne. Un échec aurait compromis la crédibilité de la Chine auprès des autres pays du Sahel, engagés dans une refonte de leurs partenariats énergétiques et miniers. À l’inverse, un accord négocié sans rupture avec un régime militaire renforce l’image d’un partenaire pragmatique, capable de dialoguer d’égal à égal avec des autorités contestées sur la scène internationale.
Reste le défi de l’exportation effective du brut. Tant que les relations entre Niamey et Cotonou ne seront pas pleinement normalisées, les volumes transportés via Sèmè resteront inférieurs aux capacités théoriques du pipeline, estimées à 90 000 barils par jour. En parallèle, les autorités nigériennes explorent des alternatives, comme une liaison via le Tchad, mais leur faisabilité reste incertaine à moyen terme. Cet accord avec les entreprises chinoises apporte donc un répit bienvenu, sans pour autant lever toutes les contraintes pesant sur la filière pétrolière nigérienne.
Plus d'histoires
Le MPC face à un tournant : Ahmat Chaltout capitule sous influence étrangère
Le barça mise sur la stabilité financière avant les transferts gratuits
Psg : pourquoi luis enrique loue l’engagement de dembélé avant la finale