19 juin 2026

Voix Panafricaine

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N’Djamena quand la jeunesse affronte l’urgence de vivre

Dans les ruelles dustre de N’Djamena, une scène se répète chaque jour : celle de jeunes Tchadiens luttant contre l’adversité. Le chômage, fléau persistant, les pousse vers des métiers de survie où le sable devient une monnaie d’échange. Au cœur du marché d’Emtoukoui, dans le 7e arrondissement de la capitale, des dizaines d’entre eux ont fait de ce commerce leur unique ressource.

N'Djamena : des jeunes portent des sacs de sable pour survivre

Un combat quotidien contre la pauvreté

Les dernières estimations économiques du pays révèlent une situation alarmante : près de 45,4 % de la population tchadienne vit sous le seuil de pauvreté, soit près de 9,5 millions de personnes. Dans ce contexte, le chômage des jeunes s’impose comme une bombe à retardement. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 30,3 % des 15-24 ans sont sans emploi, tandis que le taux global pour les 15-30 ans atteint 22 %. Pire encore, plus de 60 % des jeunes diplômés se retrouvent sans perspective professionnelle.

Le sable, ultime recours face à l’absence d’alternatives

Sous un soleil de plomb, au bord de l’axe majeur du marché d’Emtoukoui, la scène est immuable. Des jeunes, courbés sous le poids de sacs de 50 kg, attendent un client. Leurs visages, creusés par la fatigue, portent les stigmates d’une journée de labeur sans merci. Pour eux, le sable n’est pas une marchandise comme une autre : c’est une bouée de sauvetage.

« On ne fait pas ce travail par choix, mais par nécessité », confie l’un d’eux, la voix rauque après des heures de transport. « Il faut manger, il faut survivre. Alors on se bat, même si cela signifie s’épuiser à chaque lever de soleil. » Ces jeunes, souvent peu scolarisés, n’ont d’autre option que de s’agripper à cette activité précaire, où chaque franc CFA compte.

Une économie informelle qui soutient la ville

Leur modèle économique, si on peut l’appeler ainsi, est aussi fragile que leur situation. Selon l’endroit, la distance ou l’habileté à négocier, le prix d’une livraison varie entre 2 000 et 5 000 francs CFA. Une rémunération dérisoire au regard de l’effort fourni, mais qui leur permet de tenir debout.

Ces jeunes ne sont pas des travailleurs ordinaires : ce sont les maçons invisibles de la capitale. Leur sueur alimente les chantiers, leurs muscles bâtissent les murs qui façonnent le visage de N’Djamena. Pourtant, leur combat passe souvent inaperçu, noyé dans le tumulte d’une ville en constante mutation.

À Emtoukoui comme ailleurs, ils ne mendient pas, ils ne se plaignent pas. Ils espèrent simplement une opportunité. En attendant, ils restent debout, les yeux rivés sur la route, prêts à sauter sur la moindre chance de gagner leur pitance.