1 juin 2026

Voix Panafricaine

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N’Djamena face au défi du tabagisme passif : une législation ignorée

Au Tchad, et plus spécifiquement dans sa capitale, N’Djamena, la consommation de tabac en espaces publics demeure une habitude répandue et rarement réprimée, et ce, malgré l’existence d’une législation explicite datant de plus de quinze ans.

Une simple promenade à travers N’Djamena suffit à révéler l’écart flagrant entre les dispositions légales et la situation sur le terrain. Au cœur des vastes marchés, tels que le marché central ou celui de Dembé, vendeurs et acheteurs s’adonnent au tabagisme en toute impunité, laissant la fumée se mêler à l’air ambiant, aux effluves alimentaires et à la poussière omniprésente.

« Nous sommes accoutumés à cette atmosphère enfumée ; c’est une réalité quotidienne ici. Des mesures ont été prises, mais elles sont ignorées de tous. Cette situation est intolérable », déplore Pélagie, une commerçante de poissons rencontrée sur place.

Christian, un autre habitant, ajoute : « Ailleurs, des zones spécifiques sont dédiées aux fumeurs. Au Tchad, hélas, tout le monde est exposé. On observe même des fumeurs au sein des établissements scolaires et hospitaliers. Il est impératif que les autorités assument pleinement leurs responsabilités face à ce fléau. »

De nombreux citoyens tchadiens partagent ce sort, devenant involontairement des fumeurs passifs dans des environnements variés, des bars aux restaurants, et même à bord des taxis. Une personne asthmatique témoigne : « Je souffre d’asthme et d’une forte allergie à la fumée de cigarette et de chicha. J’ai donc cessé de me rendre dans les restaurants, car personne n’y respecte les règles en vigueur. »

L’exposition au tabagisme passif confronte les individus non-fumeurs à un danger accru de développer des cancers, des affections cardiovasculaires et des troubles respiratoires chroniques. Les jeunes enfants et les femmes enceintes constituent des catégories de population particulièrement fragiles face à cette menace. Par ailleurs, l’impact environnemental est non négligeable : les mégots abandonnés dans les rues contribuent à la pollution urbaine et représentent un risque avéré d’incendie.

La loi n° 010/PR/2010, promulguée le 10 juin 2010, encadre rigoureusement la lutte contre le tabagisme. Ce texte législatif proscrit formellement l’usage du tabac dans l’ensemble des espaces publics, des environnements de travail clos et des transports en commun. Elle offre par ailleurs une protection spécifique aux femmes enceintes et aux mineurs, tout en stipulant des sanctions pour les contrevenants.

Pour affiner les modalités d’application, des décrets successifs ont été publiés, à l’image du décret n° 1522/PR/MSP/2019. Des initiatives de sensibilisation ont été orchestrées conjointement par le ministère de la Santé publique et les services de la mairie de N’Djamena. Une brigade antitabac a même vu le jour. Néanmoins, plus de dix ans après son adoption, l’effectivité de cette législation représente toujours un défi majeur au Tchad, marquant une réalité où l’interdiction du tabagisme passif peine à s’imposer.