La région de Ségou, théâtre de violences récurrentes, a été le théâtre de nouveaux drames en octobre. Selon des témoignages recueillis sur place, l’armée malienne et des milices dozos auraient tué au moins 31 civils et incendié plusieurs habitations lors d’opérations ciblées les 2 et 13 du mois.
Des exactions méthodiques dans deux villages sous tension
Le 2 octobre, une colonne composée de soldats maliens et de miliciens dozos, ces derniers reconnaissables à leurs vêtements traditionnels et leurs amulettes, a fait irruption dans le village de Kamona. Armés de pick-ups et de véhicules blindés, ils ont mené une opération de ratissage visant spécifiquement les hommes du village. Les habitants, prévenus par les combattants du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), ont tenté de fuir en masse. Ceux qui n’ont pas pu s’échapper ont été sommairement exécutés, selon les survivants.
Les assaillants ont également incendié une dizaine de cases et trois hangars appartenant à des familles peules. Un berger de 40 ans, caché avec sa fille de 9 ans, a découvert 17 corps sous un arbre après le départ des militaires. « Les gens avaient été criblés de balles, l’un d’eux avait la tête fracassée. J’ai vu des douilles partout », a-t-il témoigné. Une fosse commune a été creusée pour enterrer les victimes, tandis que quatre autres corps ont été retrouvés plus au nord. Les villageois estiment que 15 autres hommes ont également péri dans la brousse, sans pouvoir confirmer ces informations par crainte de représailles.
Le 13 octobre, c’est le village de Balle, situé à une cinquantaine de kilomètres, qui a subi le même sort. Des soldats à bord de cinq pick-ups et des miliciens à moto ont fait irruption vers 13 heures. Un jeune homme de 24 ans raconte : « Je me suis caché en voyant les soldats frapper les hommes et faire du porte-à-porte. Depuis ma cachette, j’ai entendu des coups de feu. » Au total, dix civils, dont une femme de 55 ans, ont été tués. Les assaillants ont également pillé plus d’une centaine de têtes de bétail.
Les corps des victimes, alignés au milieu du village, présentaient des signes de torture. « Ils étaient criblés de balles, certains avaient les membres brisés », a déclaré un habitant de 33 ans. La fille de la femme tuée a ajouté : « Elle a crié aux soldats qu’ils maltraitaient les villageois. Ils l’ont traînée vers le lieu où les hommes étaient regroupés avant de l’abattre. »
Un contexte marqué par l’escalade des violences
Ces attaques surviennent alors que le GSIM, lié à Al-Qaïda, intensifie ses opérations dans la région. Le 8 août dernier, le groupe a notamment ciblé l’usine sucrière de Siribala, aggravant les tensions avec les forces maliennes. Depuis 2012, le conflit au Mali a causé la mort de milliers de civils et poussé plus de 400 000 personnes à quitter leur foyer.
Les habitants de Balle, sous contrôle du GSIM depuis des années, ont expliqué payer la zakat aux djihadistes pour régler les litiges locaux. « L’armée ne fait aucune distinction entre nous et eux. Si un conflit éclate, ce sont les djihadistes qui interviennent. Il n’y a ni policiers ni gendarmes ici », a témoigné un villageois. Ces propos illustrent l’absence totale de présence étatique dans certaines zones, laissant les populations sans protection.
Des violations graves du droit international
Toutes les parties au conflit au Mali sont tenues de respecter le droit international humanitaire, notamment l’article 3 commun aux Conventions de Genève et le droit coutumier de la guerre. Ces textes interdisent explicitement les attaques contre les civils, les exécutions sommaires et les traitements cruels. Les responsables de ces crimes pourraient être poursuivis pour crimes de guerre, même si le Mali s’est retiré de la Cour pénale internationale (CPI) en septembre 2025. Le pays reste cependant lié au Statut de Rome jusqu’en septembre 2026, et la CPI a ouvert une enquête sur les crimes présumés commis depuis 2012.
Face à l’aggravation de la crise, l’Union africaine (UA) a été critiquée pour son inaction. « Le Conseil de paix et de sécurité de l’UA doit faire de ce conflit une priorité absolue », a souligné un observateur. « Il est urgent d’organiser des réunions d’information régulières, de renforcer la diplomatie et de coordonner les actions régionales pour garantir la reddition des comptes. »
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