Dans l’est du Mali, les groupes armés jihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim) ont instauré un système de prédation méthodique sur les exploitations minières artisanales. Leurs cibles privilégiées ? Les orpailleurs chinois, dont les activités représentent une manne financière inespérée pour ces mouvements radicaux. En s’attaquant à ces acteurs économiques, le Jnim transforme l’orpaillage en une source de revenus stratégique pour alimenter ses offensives contre les forces de sécurité et les populations locales.
Un pillage organisé des ressources aurifères
Les jihadistes du Jnim ne se contentent plus des attaques ponctuelles. Ils ont mis au point une véritable stratégie de prélèvement forcé sur les sites d’extraction chinois. Ces derniers, souvent isolés dans des zones reculées du Sahel malien, deviennent des proies faciles pour des groupes bien organisés. Les méthodes employées sont variées : racket systématique, enlèvements contre rançons, ou destruction des équipements en cas de résistance. Ces pratiques permettent au Jnim de générer des millions de francs CFA chaque année, qu’il réinvestit ensuite dans l’achat d’armes et le recrutement de nouveaux combattants.
Les chiffres, bien que difficiles à établir avec précision, donnent une idée de l’ampleur du phénomène. Dans certaines localités de la région de Gao ou de Ménaka, les autorités locales estiment que jusqu’à 30 % des revenues des sites d’orpaillage pourraient être reversés sous la contrainte au Jnim. Une somme colossale, qui finance une partie des attaques meurtrières perpétrées contre l’armée malienne ou les milices alliées.
L’or malien, une aubaine pour les groupes armés
Le Mali, riche en ressources minières, attire depuis des années des investisseurs étrangers, dont les entreprises chinoises. Ces dernières exploitent des gisements aurifères dans des conditions souvent précaires, sans protection renforcée. Leur vulnérabilité en fait des cibles idéales pour les groupes armés, qui y voient une opportunité de financer leur insurrection sans avoir à recourir à des donateurs extérieurs. L’or, une fois extrait, est ensuite acheminé vers des circuits de contrebande, où il est échangé contre des devises ou des armes.
Les conséquences de cette prédation sont multiples : désorganisation des activités minières, fuite des investisseurs, et appauvrissement des communautés locales. Les orpailleurs chinois, de plus en plus réticents à travailler dans ces zones à haut risque, réduisent leurs effectifs ou quittent carrément le pays. Une situation qui aggrave la crise économique du Mali, déjà sous tension en raison de l’instabilité sécuritaire.
Des réactions limitées face à l’emprise du Jnim
Malgré l’urgence de la situation, les mesures prises par les autorités maliennes pour protéger les sites miniers restent insuffisantes. Les forces de sécurité, déjà en sous-effectif et mal équipées, peinent à sécuriser ces zones reculées. Les entreprises chinoises, de leur côté, tentent de négocier avec les groupes armés ou de payer les « taxes » imposées, par peur de représailles. Certaines ont même été contraintes de suspendre leurs activités, faute de solutions viables.
Face à cette impasse, la communauté internationale commence à s’inquiéter. Des discussions sont en cours pour renforcer la protection des sites miniers et couper les financements du Jnim. Mais jusqu’ici, les résultats se font attendre. Le Mali reste prisonnier d’un cercle vicieux où l’exploitation des ressources alimente indirectement la guerre.
- Le Jnim tire profit de l’exploitation aurifère chinoise pour financer ses activités.
- Les orpailleurs chinois sont systématiquement rackettés ou pris pour cible.
- L’or malien devient une monnaie d’échange pour les groupes armés via des réseaux de contrebande.
- Les autorités maliennes peinent à sécuriser les zones minières, aggravant la crise économique.
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