2 juin 2026

Voix Panafricaine

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Mali : la voix de Étienne Fabaka Sissoko sur le dialogue et la souveraineté nationale

Mali : la CFR et Étienne Fabaka Sissoko face au défi du dialogue avec les groupes armés

Dialoguer avec les groupes armés au Mali signifie-t-il renoncer à la souveraineté nationale ? Faut-il envisager une réorganisation territoriale pour sortir de la crise ? Comment éviter que la guerre ne s’étende davantage ?

Dans cet entretien exclusif, Étienne Fabaka Sissoko, porte-parole de la Coalition des Forces pour la République (CFR), expose une vision ambitieuse pour le Mali : un dialogue strictement politique, une transition civile et le refus catégorique de toute partition du pays. Il y répond aux interrogations sur les relations avec le Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (JNIM), l’imam Mahmoud Dicko, et les perspectives d’une décentralisation renforcée.

Le blocus : une stratégie qui affaiblit les civils, pas les groupes armés

Question : Peut-on dire que le blocus imposé au Mali porte ses fruits sur le plan sécuritaire ?

Réponse d’Étienne Fabaka Sissoko : Qualifier le blocus de « fonctionnel » reviendrait à valider une méthode qui pénalise avant tout les populations. À Bamako comme dans les zones rurales, les familles subissent une hausse des prix, des ruptures d’approvisionnement et une insécurité quotidienne. Pour un pays enclavé comme le Mali, contrôler ses axes logistiques relève de la souveraineté nationale. La CFR rejette cette approche parce qu’elle frappe les civils, pas les groupes armés. Une solution militaire seule est insuffisante. Il faut une réponse politique globale, capable de protéger les populations et de rétablir un cadre républicain.

La CFR : une plateforme pour une alternative civile face à la crise

Question : Créée fin 2025, la CFR peine-t-elle à s’imposer face aux acteurs traditionnels ?

Réponse : La CFR n’est pas un parti classique, mais une plateforme de sauvegarde nationale. Les Maliens aspirent à la paix et recherchent une issue crédible à la crise actuelle. Notre mouvement répond à cette attente en proposant une alternative entre l’enlisement du pouvoir militaire et l’effondrement de l’État. Nous ne sommes pas une structure militaire, mais une force politique et sociale déterminée à restaurer la légitimité républicaine.

Dialoguer sans s’allier : une ligne rouge

Question : Certains évoquent des liens entre la CFR et le Front de libération de l’Azawad (FLA). Êtes-vous leur bras politique ?

Réponse : Non. La CFR n’est ni la branche politique du FLA, ni un mouvement armé. Nous dialoguons avec tous les acteurs de la crise, mais cela ne signifie ni alliance, ni coordination d’actions. Notre priorité est claire : refuser toute partition du Mali. En revanche, nous défendons un débat territorial et institutionnel, encadré par la Constitution. Le dialogue doit être républicain, transparent et strictement politique. La guerre n’est pas une solution.

Aucune légitimité automatique pour les groupes armés

Question : Si le JNIM avait renversé le régime lors de son offensive d’avril 2026, la CFR était-elle préparée à gérer une transition ?

Réponse : Un mouvement responsable doit anticiper les scénarios de crise. Cependant, la CFR ne construit pas sa stratégie sur la victoire militaire d’un groupe armé. Les attaques du 25 avril 2026 ont révélé l’urgence d’un dialogue national pour restaurer les libertés, sécuriser les populations et préparer une nouvelle Constitution. Les élections ne doivent pas être le point de départ, mais l’aboutissement d’un processus inclusif. Sans sécurité ni consensus, les mêmes erreurs se répéteront.

L’imam Dicko : une autorité morale, pas un dirigeant politique

Question : Quel rôle attribuer à Mahmoud Dicko dans une éventuelle transition ?

Réponse : L’imam Dicko ne doit pas être perçu comme un successeur politique. Son rôle pourrait être celui d’une autorité morale, apaisant les tensions et facilitant le dialogue. Mais les responsabilités exécutives doivent revenir à des institutions civiles légitimes, issues du suffrage universel. La légitimité politique se construit par les urnes, pas par des alliances improvisées.

Dialogue avec le JNIM : ni capitulation, ni récompense

Question : Jusqu’où la CFR est-elle prête à aller dans le dialogue avec le JNIM ?

Réponse : Notre approche n’est pas une capitulation, encore moins une récompense. Il s’agit d’un outil pour mettre fin à la guerre et protéger les populations. Notre principale difficulté ? L’affiliation du JNIM à Al-Qaïda, incompatible avec un processus de paix national. Nos lignes rouges sont non négociables : unité du Mali, État républicain, libertés fondamentales, rupture avec les agendas transnationaux, arrêt des attaques contre les civils et justice pour les crimes graves.

Concernant Iyad Ag Ghali, nous ne fondons pas notre stratégie sur des intentions supposées. Seuls les actes comptent : arrêt des combats, protection des civils, accès humanitaire, rupture avec Al-Qaïda et respect de l’unité malienne. Les attaques au-delà des frontières prouvent que le problème dépasse le Mali. Toute rupture avec les agendas extérieurs doit être démontrée, pas simplement annoncée.

Décentralisation : répondre à l’effondrement de l’État de proximité

Question : La CFR propose une décentralisation poussée. Le débat sur la charia ne risque-t-il pas de tout occulter ?

Réponse : Le vrai problème n’est pas la charia, mais l’absence de l’État. Dans de nombreuses zones, les services publics ont disparu. Les populations se tournent alors vers des autorités locales : chefs coutumiers, religieux ou médiateurs. La CFR ne prône pas la charia, mais une République malienne capable d’intégrer des formes de médiation locale, dans le respect de la Constitution. Principes inaliénables : égalité des citoyens, protection des femmes et des enfants, droit de recours devant la justice nationale.

Fédéralisme : un Mali unitaire et souverain

Question : Votre vision du fédéralisme semble centrée sur la répartition des ressources. Comment la concilier avec l’unité nationale ?

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Réponse : Le fédéralisme que nous défendons vise à régionaliser les compétences, pas à fragmenter le pays. Les collectivités doivent disposer de plus de moyens et de responsabilités, tandis que l’État conserve ses prérogatives régaliennes. Dans un pays aussi vaste que le Mali, une centralisation à Bamako est inefficace. L’État doit garantir l’unité, mais les territoires doivent gérer leur proximité. C’est une question d’efficacité, pas de séparation.

Restaurer l’État utile : éducation, justice et sécurité prioritaires

Question : Quelles sont les mesures concrètes de la CFR pour relancer le pays ?

Réponse : Notre programme de transition repose sur la restauration de l’État utile. Priorités : réouverture des écoles, indépendance de la justice, protection des populations et relance économique. Nous exigeons le soutien aux enseignants, le renforcement des forces de sécurité et la sécurisation des corridors logistiques. La crise est aussi humanitaire : accès à l’éducation, à la justice, à la sécurité et à l’alimentation doivent être rétablis avant toute reconstruction.

L’Alliance des Démocrates du Sahel : une convergence civique, pas un commandement

Question : L’ADS, née après la CFR, est-elle un projet régional ou une simple alliance de valeurs ?

Réponse : L’Alliance des Démocrates du Sahel (ADS) est une convergence entre citoyens maliens, burkinabè et nigériens. Tous partagent le même constat : la crise du Sahel est autant sécuritaire que politique et institutionnelle. Cependant, il ne s’agit ni d’une structure militaire, ni d’un commandement unique. La CFR reste une initiative malienne, tandis que l’ADS coordonne des actions de plaidoyer et de défense des libertés publiques. Notre objectif ? Rompre avec l’idée d’un homme fort et promouvoir un pacte national.

La CFR rejette toute idée de revanche, de partition, de théocratie ou de retour à l’ancien système. Nous défendons une sortie de guerre par une transition civile, un dialogue national encadré, une refondation territoriale et le retour de la souveraineté populaire. Notre conviction : le Mali ne sera sauvé ni par un sauveur providentiel, ni par une victoire militaire, mais par un pacte national.