1 juillet 2026

Voix Panafricaine

La tribune francophone des peuples africains : actualités, analyses et débats pour une Afrique souveraine.

L’opposition sénégalaise se range derrière Diomaye Faye pour contrer Ousmane Sonko

Au Sénégal, le paysage politique connaît une reconfiguration majeure. Le Parti démocratique sénégalais (PDS) a officiellement lancé un appel à voter « non » lors du prochain référendum portant sur la révision de la Constitution.

Le président Bassirou Diomaye Faye a choisi de s’en remettre à l’arbitrage populaire pour trancher le sort d’une loi qui divise profondément la classe politique. Ce texte, initialement validé par une majorité parlementaire, a été élaboré sous l’impulsion du Pastef d’Ousmane Sonko. Il vise principalement à accroître les prérogatives de l’Assemblée nationale tout en restreignant l’influence du chef de l’État.

En s’opposant à cette réforme, le PDS se place de fait dans le camp présidentiel. Ce ralliement de la formation d’Abdoulaye Wade à la position de Bassirou Diomaye Faye s’inscrit dans une trajectoire politique complexe.

Une alliance historique en pleine mutation

Le rapprochement entre le PDS et les actuels dirigeants ne date pas d’hier. Dès les élections législatives de juillet 2022, le parti libéral s’était associé au Pastef d’Ousmane Sonko pour fragiliser la majorité de Macky Sall. Cette collaboration s’était intensifiée lors de la présidentielle de mars 2024, lorsque le PDS, après l’éviction de Karim Wade de la liste des candidats, avait appelé à voter pour le duo SonkoDiomaye.

Ce soutien avait permis à Bassirou Diomaye Faye de consolider son assise électorale. À l’époque, l’objectif affiché était la protection de l’État de droit et l’alternance face à Amadou Ba. Pour le PDS, il s’agissait aussi d’une riposte contre le camp de Macky Sall, tenu responsable de l’exil de Karim Wade.

Nigeria Abuja 2025 | Le président Bassirou Diomaye Faye au sommet de la Cédéao (archive)

Des intérêts divergents

Malgré cette victoire commune, l’idylle a été de courte durée. Le PDS n’a jamais intégré l’appareil gouvernemental après l’investiture de Diomaye Faye, préférant garder son autonomie. Pour Hamadou Tidiane Sy, analyste et directeur d’E-Jicom à Dakar, cette stratégie relève du pur calcul politique : le PDS cherche à retrouver une influence qu’il a perdue depuis sa sortie du pouvoir.

Le parti semble aujourd’hui miser sur un essoufflement de la ligne radicale. Ce changement de cap s’est déjà manifesté lors des législatives de fin 2024, où le PDS n’a pas hésité à s’allier avec l’APR de Macky Sall, son ancien adversaire juré.

Faire barrage aux ambitions d’Ousmane Sonko

Les frictions actuelles au sommet de l’État entre le président et son Premier ministre offrent au PDS une opportunité de se repositionner. En soutenant le référendum tout en prônant le rejet de la réforme, le parti vise directement Ousmane Sonko.

Dans une déclaration officielle, le PDS exhorte ses partisans à se mobiliser contre ce qu’il qualifie de dérive personnelle. Le parti accuse Ousmane Sonko de vouloir instrumentaliser la Constitution pour assouvir sa soif de pouvoir au détriment des institutions républicaines.

Selon Hamadou Tidiane Sy, cette hostilité est partagée par une large partie de la classe politique sénégalaise, qui perçoit désormais le leader du Pastef comme un obstacle au consensus national et à la stabilité démocratique.

Un soutien de circonstance pour Diomaye Faye

Toutefois, ce rapprochement avec Bassirou Diomaye Faye reste pragmatique. L’opposition et une partie de la société civile ne soutiennent pas forcément le programme du président, mais s’unissent contre la méthode Sonko. L’objectif est d’empêcher une concentration excessive des pouvoirs entre les mains du Parlement, perçue comme une manœuvre de récupération politique.

Pour le chef de l’État, cette situation pourrait s’avérer bénéfique. Alors que les tensions avec le Pastef semblent atteindre un point de non-retour, Diomaye Faye pourrait chercher à s’appuyer sur de nouveaux partenaires, comme le PDS, pour asseoir son autorité.

L’analyste Hamadou Tidiane Sy souligne que la rupture au sein du camp présidentiel semble consommée. Pour de nombreux militants du Pastef, le président Bassirou Diomaye Faye est désormais perçu comme un dissident, rendant indispensable la recherche de nouveaux soutiens pour la suite de son mandat.