Le Gabon s’engage dans une trajectoire économique ambitieuse pour les cinq prochaines années. Afin de concrétiser son Plan national de croissance et de développement (PNCD) couvrant la période 2026-2030, l’État gabonais mise sur une enveloppe totale de 27 000 milliards de FCFA. Parmi ce montant, 18 000 milliards devraient provenir du secteur privé, tandis que 9 000 milliards resteront à la charge des finances publiques. Cette répartition reflète une volonté claire de l’exécutif de miser sur l’initiative privée pour impulser une transformation structurelle durable.
Une stratégie économique reposant sur le dynamisme du privé
En attribuant près des deux tiers des investissements au secteur privé, Libreville s’aligne sur les modèles adoptés par d’autres pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). Ce choix place les investisseurs internationaux, les fonds souverains régionaux et les multinationales du secteur extractif au cœur du futur essor économique du pays. Toutefois, cette approche exige un cadre des affaires profondément amélioré pour attirer durablement ces capitaux.
L’économie gabonaise, encore fortement dépendante des exportations de pétrole, de manganèse et de bois, doit diversifier ses sources de revenus. Les institutions financières internationales ont, à plusieurs reprises, souligné la nécessité de renforcer l’assiette fiscale, d’optimiser les procédures douanières et de sécuriser les droits fonciers pour séduire les investisseurs étrangers.
Le Haut conseil pour l’investissement, clé de voûte du partenariat public-privé
Pour renforcer la collaboration entre l’État et les acteurs économiques, le gouvernement a décidé de relancer le Haut conseil pour l’investissement (HCI). Cette instance, autrefois active mais mise en veille sous le précédent régime, retrouvera son rôle central dans le dialogue institutionnel. Son objectif ? Garantir un environnement prévisible pour les investisseurs et faciliter la mise en œuvre des projets stratégiques.
Le HCI agira comme un intermédiaire entre les besoins identifiés par les ministères sectoriels et les capacités des grands groupes privés opérant au Gabon. Les entreprises du secteur minier, comme la Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog) — filiale d’Eramet — ou celles de la filière bois, seront particulièrement sollicitées. Par ailleurs, des acteurs financiers panafricains, tels qu’Afreximbank et la Banque africaine de développement, pourraient jouer un rôle clé dans le financement des infrastructures, de l’énergie et du numérique.
Un défi de taille : la faisabilité du plan
L’objectif de 18 000 milliards de FCFA sur cinq ans, soit une moyenne annuelle de 3 600 milliards, représente un bond significatif comparé aux plans précédents. Par exemple, le Plan stratégique Gabon émergent (PSGE) avait peiné à atteindre ses objectifs d’investissement direct étranger, en raison d’un manque de projets bancables et de la volatilité des cours des matières premières entre 2014 et 2016. Le PNCD devra donc prouver sa capacité à industrialiser la préparation des projets et à offrir des garanties solides aux investisseurs.
La situation budgétaire du Gabon ajoute une pression supplémentaire. La dette publique frôle désormais le plafond communautaire de 70 % du PIB fixé par la CEMAC, limitant ainsi les marges de manœuvre de l’État en matière d’endettement souverain. Dans ce contexte, les partenariats public-privé (PPP), les concessions et les contrats de performance énergétique deviendront des leviers essentiels pour concrétiser les ambitions du plan.
La réussite du PNCD dépendra également de l’efficacité de l’administration. La réduction des délais administratifs, la numérisation des démarches d’investissement et la lutte contre la corruption figurent parmi les priorités pour éviter que les promesses ne se transforment en simples déclarations d’intention.
Le Gabon a désormais cinq ans pour démontrer sa capacité à convertir ses ambitions économiques en résultats concrets. Ce plan s’impose comme un test de crédibilité pour le pouvoir en place, qui mise sur le secteur privé et les partenariats stratégiques pour impulser une croissance durable.
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