17 juin 2026

Voix Panafricaine

La tribune francophone des peuples africains : actualités, analyses et débats pour une Afrique souveraine.

Le polisario confronté à l’écrasante puissance militaire marocaine

le polisario confronté à l’écrasante puissance militaire marocaine

Malgré la perte récente d’un de ses officiers supérieurs lors d’une frappe ciblée, le Front Polisario maintient une posture de dialogue avec le Maroc. Une stratégie paradoxale qui révèle l’impasse stratégique d’un mouvement militarisé, désormais en position de faiblesse sur le terrain comme sur la scène diplomatique.

Un bilan humain lourd face à une technologie militaire inégalée

La disparition de Lahbib Mohamed Abdelaziz, officier influent de l’armée sahraouie et héritier d’une lignée dirigeante du mouvement, illustre dramatiquement l’asymétrie des forces. Frappé par un drone marocain lors d’une manœuvre de repli, il rejoint la liste tragique des victimes d’une campagne aérienne qui s’intensifie depuis plusieurs années. Ces appareils, dotés de précision chirurgicale, surpassent largement l’équipement désuet des indépendantistes, souvent réduits à des véhicules tout-terrain modifiés depuis l’époque coloniale espagnole. Comme le soulignent des observateurs sur place, chaque engagement se solde désormais par un coût humain exorbitant, au nom d’une cause qui peine à mobiliser au-delà des frontières du camp adverse.

Un discours qui oscille entre résistance et recherche de compromis

Malgré cette réalité militaire accablante, le Polisario persiste à brandir l’étendard du dialogue. Abdoullah Arabi, porte-parole en Espagne, insiste sur la « capacité du mouvement à engager des discussions dans tous les contextes », refusant de fermer la porte aux échanges bilatéraux. Cette position nuancée s’est notamment exprimée en avril dernier depuis les camps de Tindouf, où s’entassent près de 175 000 personnes dans un environnement sous haute tension. À cette occasion, Brahim Ghali, président du mouvement, avait tempéré les appels à la confrontation, prônant une approche plus constructive vis-à-vis du Maroc, tout en réaffirmant l’attachement à la légitimité des résolutions onusiennes.

Un isolement diplomatique qui s’aggrave

Cette posture hésitante trouve son origine dans un affaiblissement progressif du soutien international. Alors que le conflit au Sahara Occidental peine à susciter l’intérêt des grandes puissances, le Maroc a su tisser des alliances stratégiques avec des acteurs majeurs comme les États-Unis ou la France. Même Madrid, longtemps perçu comme un partenaire équilibré, a opéré un virage en 2022 en reconnaissant la proposition d’autonomie proposée par Rabat comme la solution la plus réaliste. Une décision vivement critiquée par Abdoullah Arabi, qui dénonce le manque de réaction face aux pertes humaines sahraouies et l’application de deux poids, deux mesures dans les relations internationales.

Une barrière physique qui scelle l’enfermement

Sur le terrain, l’étau se resserre autour des indépendantistes avec un rempart infranchissable : le mur de sable. Érigé dans les années 1980, ce dispositif défensif s’étend sur des centaines de kilomètres, séparant le territoire en deux. Aujourd’hui, les forces du Polisario ne contrôlent plus que 20 % des terres, cantonnées aux zones les plus arides. Bien que des figures comme la militante Aminatou Haidar mettent en avant une résistance populaire inébranlable, la maîtrise du désert ne suffit plus à contrer une armée moderne, bien mieux équipée et organisée.