24 mai 2026

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Le Niger nationalise ses mines d’uranium et remplace orano par tsumco sa

L’État nigérien a franchi une étape décisive dans la gestion de ses ressources naturelles en annulant la concession du groupe français Orano Mining, autrefois en charge de l’exploitation des mines d’uranium du pays. Une décision historique qui s’accompagne de la création d’une entreprise publique chargée de superviser ce secteur stratégique. Cette initiative s’inscrit dans une volonté affirmée de Niamey de reprendre le contrôle total sur ses richesses minières, tout en répondant aux enjeux environnementaux et économiques soulevés par des décennies d’exploitation.

une nouvelle ère pour l’uranium nigérien : la naissance de TSUMCO SA

Lors d’une réunion exceptionnelle du Conseil des ministres, présidée par le président nigérien Abdourahamane Tiani, un décret a été adopté pour officialiser la création de la société nationale TSUMCO SA (Teloua Safeguarding Uranium Mining Company). Cette structure remplace désormais la Société des mines de l’Aïr (SOMAIR), nationalisée en juin 2025, et met fin à la concession de 75 ans accordée à Orano Mining sur le site d’Arlit. Ce dernier, exploité depuis 1978, était jusqu’alors le cœur de l’activité minière uranifère du pays.

Le choix du nom Teloua, en référence à une nappe aquifère locale, reflète une symbolique forte. Les autorités nigériennes y voient un devoir de mémoire envers les écosystèmes sahariens, gravement affectés par des décennies d’exploitation. Les impacts environnementaux, notamment sur les sols et les ressources hydriques, ont été au cœur des débats ayant mené à cette décision. TSUMCO SA se positionne ainsi comme un acteur clé dans la préservation des équilibres naturels de la région.

un bras de fer juridique avec Orano Mining

La rupture avec Orano Mining ne s’est pas faite sans heurts. Depuis la nationalisation de SOMAIR, le groupe français a multiplié les recours judiciaires, qualifiés de quasi-harcèlement judiciaire par les autorités nigériennes. Ces procédures visent, selon Niamey, à bloquer les exportations d’uranium nigérien vers les marchés internationaux, en contestant la légitimité des décisions prises par l’État.

La tension s’est encore accrue avec l’adoption, en août 2024, d’une ordonnance imposant une redevance superficiaire de 25 millions de francs CFA par km² et par an sur les périmètres non exploités de la concession d’Arlit. Orano Mining, sommé de s’acquitter de cette redevance dès septembre 2025, n’a pas régularisé sa situation dans les délais impartis. Cette négligence a servi de prétexte légal à l’annulation définitive de son contrat d’exploitation. Par ailleurs, les autorités nigériennes rappellent que le groupe français reste redevable de ses obligations fiscales et environnementales issues des accords antérieurs.

Dans un contexte plus large de rupture stratégique avec la France, cette décision s’ajoute à une série de mesures prises par Niamey pour affirmer sa souveraineté économique et sécuritaire. Les tensions entre les deux pays, déjà vives sur le plan politique, risquent de s’intensifier dans les mois à venir.