« Le chaos sécuritaire favorise un projet géopolitique »
Alors que le gouvernement de la République démocratique du Congo affirme avoir signé avec les Forces démocratiques de libération du Rwanda, les FDLR, un protocole pour le désarmement, la démobilisation et le cantonnement de ces rebelles rwandais présents dans l’est de la RDC, le Rwanda rejette l’initiative qu’il qualifie de “manœuvre dilatoire”. Cela fait des décennies que la RDC et le Rwanda s’affrontent sur la question des FDLR, dont certains sont accusés d’implication dans le génocide de 1994 au Rwanda. Kigali les considère toujours comme une menace, un argument qui justifie, selon lui, le déploiement de son armée dans l’est de la RDC, aux côtés des rebelles de l’AFC-M23.
Selon les accords signés l’année dernière à Washington, le Rwanda s’est engagé à retirer ses troupes et de son côté, Kinshasa s’est engagé neutraliser les FDLR. Mais comment expliquer aujourd’hui ce contraste entre les deux voisins ?
Les explications du chercheur Josaphat Musamba est doctorant à l’université de Gand, en Belgique
Josaphat Musamba : Kigali a rejeté le processus de sensibilisation. Il vient de rejeter la formule de persuasion. Je pense que Kigali est de mauvaise foi. Que veut- il finalement ? Malgré ses présences sur les théâtres des opérations, je pense que ce statu quo dans l’est du Congo arrange Kigali et qu’il veut le consolider. Kigali n’est pas clair sur ses ambitions géostratégiques dans l’est du Congo.
DW : Et selon vous, quelle est la vraie réalité sur la présence des FDLR dans l’est de la RDC ? Qu’est ce qui se cache derrière leur présence sur le territoire congolais ?
Josaphat Musamba : Je crois que si pour Kigali et l’AFC/M23, les FDLR sont une partie intégrante des FARDC, ce qu’ils disent empiriquement, cela n’est pas vrai. Je crois que les alliés, l’AFC/M23 et RDF (l’armée officielle du Rwanda) sont incapables de neutraliser complètement ces FDLR qui sont dans leurs zones, ce qui est étonnant. Pour moi, ce chaos sécuritaire qu’ils ont installé dans l’est du Congo, il est favorable à un projet géopolitique plus vaste de Kigali. En contribuant à la désarticulation des entités administratives congolaises de l’Est du Congo, Kigali installe son influence dans cette partie du pays.
DW : Pour Kigali, le protocole conclu entre Kinshasa et les FDLR ne répond pas aux exigences de l’accord de Washington et ne garantit ni le démantèlement ni la neutralisation des FDLR. Pensez-vous que les FDLR disparaîtront un jour pour que la paix revienne entre le Rwanda et la RDC ?
Josaphat Musamba : Je soutiens que l’argument du Rwanda n’est pas factuel. La RDC a choisi moins la confrontation militaire que la persuasion avec les FDLR, en fonction du contexte. A mon avis, son approche est contextuelle. Tout en continuant à endiguer le RDF et le M23, la RDC ne peut ouvrir un deuxième ou un troisième front avec les FDLR. Si le dialogue peut persuader ce groupe-là. Et enfin, les FDLR comme groupes armés pourraient disparaître. Mais comme idéologie de lutte non pas génocidaire comme le disent les Rwandais et le M23. Une résistance contre le régime Kigali.
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