La Société nationale des Mines (Sonamines) renforce sa surveillance des acteurs de l’exploitation aurifère au Cameroun. À l’issue d’une série d’inspections menées dans les régions de l’Adamaoua et de l’Est, des zones clés pour la production d’or artisanale et semi-mécanisée, le directeur général Serge Hervé Boyogueno a livré un diagnostic sans concession. Plusieurs opérateurs n’atteignent pas les volumes de production attendus, certains se révèlent financièrement défaillants, tandis que les lacunes environnementales et l’opacité des circuits commerciaux compromettent la maîtrise de l’État sur cette filière stratégique.
Les inspections sur le terrain dévoilent les faiblesses de la filière aurifère
Ces régions concentrent l’essentiel de l’activité aurifère camerounaise, caractérisée par la présence de sociétés semi-mécanisées et d’une multitude d’artisans. La mission diligentée par la Sonamines avait pour objectif de vérifier la conformité des titulaires de permis avec leurs obligations contractuelles et réglementaires. Le constat dressé par son directeur général met en lumière un décalage persistant entre les engagements pris lors de l’attribution des titres et la réalité productive observée sur les sites.
Les seuils de production stipulés dans les cahiers des charges ne sont pas atteints par un nombre significatif d’opérateurs. Cette sous-performance s’accompagne, pour certains, d’une incapacité avérée à honorer leurs engagements financiers envers l’État et ses démembrements. Sur ce point, le patron de la Sonamines a clairement indiqué que la décision de suspendre ou de retirer les permis relève exclusivement du ministère des Mines. La société d’État se positionne ainsi comme l’organe technique de constatation, laissant à la tutelle politique la responsabilité des sanctions.
Triple enjeu : défaillances financières, écologiques et opacité commerciale
Au-delà des questions purement financières, l’enquête a documenté des carences environnementales préoccupantes. La remise en état des sites exploités, la gestion des eaux usées chargées en mercure ou en cyanure, et la sécurisation des zones d’extraction constituent autant de chantiers ouverts. Ces défaillances exposent les communautés riveraines à des risques sanitaires majeurs et compromettent la durabilité d’une activité qui joue un rôle croissant dans l’économie locale de l’Est et de l’Adamaoua.
Le second front concerne la commercialisation. Une part substantielle de l’or extrait échappe aux circuits officiels et alimente des réseaux de contrebande régionaux, privant le Trésor public de recettes et empêchant la traçabilité du métal. Cette opacité, dénoncée de longue date par les organisations spécialisées, contredit l’objectif de souveraineté minérale affiché par Yaoundé. La Sonamines entend désormais resserrer les mailles du filet en renforçant les obligations déclaratives et les points de collecte agréés.
L’ambition d’un stock stratégique national pour l’or camerounais
L’ambition la plus structurante portée par la direction générale demeure la constitution d’un stock stratégique national. Cet objectif, calqué sur les pratiques observées chez plusieurs banques centrales africaines, vise à doter le Cameroun d’une réserve métallique susceptible d’adosser une partie de sa politique monétaire et de servir de matelas en cas de choc externe. La logique est convergente avec celle d’autres pays producteurs de la sous-région, désireux de capter davantage de valeur sur leurs propres ressources.
La réussite de cette stratégie suppose toutefois que la Sonamines parvienne à canaliser une fraction significative de la production nationale vers ses guichets. Cela passe par un assainissement préalable du tissu d’exploitants, des prix d’achat compétitifs face aux acheteurs informels, et une coordination étroite avec les forces de sécurité et la douane le long des corridors frontaliers. Les arbitrages attendus du ministère des Mines sur le sort des opérateurs défaillants seront, à cet égard, déterminants.
La phase d’exécution de la réforme minière camerounaise s’annonce délicate. Elle met en tension l’impératif de discipline contractuelle, la préservation d’un secteur pourvoyeur d’emplois informels et la volonté d’inscrire l’or dans une logique de souveraineté financière. Le calendrier précis des décisions ministérielles n’a pas été communiqué, mais les conclusions de la mission de la Sonamines devraient nourrir les prochaines instructions. Le directeur général entend poursuivre les contrôles dans d’autres bassins de production.
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