14 août 2026

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Le Cameroun face au débat sur le retour au fédéralisme

Joseph Dion Ngute, Premier ministre du Cameroun, lors de la séance d'ouverture du Dialogue national à Yaoundé en 2019

Le Cameroun, pays d’Afrique centrale aux deux héritages coloniaux, se trouve aujourd’hui au cœur d’un débat aussi ancien que son indépendance : celui du retour à un système fédéral. Une question qui, plus de six décennies après la réunification des anciens territoires sous tutelle britannique et française, resurgit avec une intensité particulière.

Un système fédéral dans l’histoire du Cameroun

Pour comprendre les enjeux actuels, il est essentiel de revenir sur le passé. Le Cameroun a connu une expérience fédérale entre 1961 et 1972, sous la direction du président Ahmadou Ahidjo. Ce modèle, qui avait permis de rassembler les deux Cameroun (francophone et anglophone) après des années de séparation, a été progressivement abandonné au profit d’un État unitaire. Pourtant, cette période reste gravée dans la mémoire collective, notamment pour les populations anglophones de l’Ouest du pays.

Les revendications actuelles et leurs fondements

Les tensions dans les régions anglophones, qui réclament depuis des années un retour à un système fédéral, ont ravivé ce débat. Les séparatistes, mais aussi une partie de la société civile et des élites politiques, estiment qu’un fédéralisme bien structuré pourrait résoudre les disparités économiques, culturelles et politiques entre le Nord et le Sud du pays. Le Premier ministre Joseph Dion Ngute a lui-même présidé en 2019 un Dialogue national censé apaiser les tensions, mais les discussions ont achoppé sur la question de l’autonomie des régions.

Les arguments des partisans du fédéralisme

  • Une meilleure représentation : Le système fédéral permettrait aux régions de gérer davantage leurs ressources locales et de mieux adapter les politiques publiques à leurs spécificités.
  • Une réponse aux crises : Les conflits dans les régions anglophones pourraient trouver une issue grâce à une autonomie accrue, limitant ainsi les frustrations qui alimentent les mouvements séparatistes.
  • Un modèle éprouvé : D’autres pays africains, comme le Nigeria ou l’Éthiopie, fonctionnent avec ce système, prouvant sa viabilité sur le continent.

Les réticences des opposants

  • Le risque de fragmentation : Certains craignent qu’un fédéralisme mal encadré ne fragilise l’unité nationale et ne conduise à une balkanisation du Cameroun.
  • Les défis économiques : La gestion des ressources en devises, notamment pétrolières, pourrait devenir plus complexe si chaque région disposait d’une autonomie budgétaire.
  • La résistance politique : Le président Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, a toujours privilégié un État centralisé, et son héritage politique rend toute réforme structurelle incertaine.

Quel avenir pour le fédéralisme au Cameroun ?

Les perspectives d’un retour à un système fédéral semblent aujourd’hui conditionnées par plusieurs facteurs. D’abord, la volonté politique du gouvernement actuel, dont les priorités affichées incluent la réconciliation nationale, mais dont les actions concrètes restent limitées. Ensuite, l’évolution de la crise dans les régions anglophones, où la radicalisation des séparatistes complique toute avancée. Enfin, l’équilibre entre les aspirations locales et les impératifs de cohésion nationale joue un rôle clé.

Une chose est sûre : le Cameroun ne peut ignorer ce débat plus longtemps. Que ce soit par la voie du compromis ou de la réforme constitutionnelle, la question du fédéralisme reviendra immanquablement sur le devant de la scène, avec des conséquences majeures pour l’avenir du pays.