16 juillet 2026

Voix Panafricaine

La tribune francophone des peuples africains : actualités, analyses et débats pour une Afrique souveraine.

Le Cameroun à l’épreuve d’un futur incertain sans Paul Biya

Jean Pierre Bekolo : « le Cameroun sombre déjà dans le chaos sans Paul Biya »

Dans un Cameroun en proie à des luttes de pouvoir croissantes, le cinéaste Jean Pierre Bekolo alerte sur l’imminence d’un chaos politique sans précédent. Selon lui, l’autorité symbolique de Paul Biya, malgré son âge et son absence physique, reste le seul rempart contre l’effondrement institutionnel. Une analyse qui résonne comme un avertissement face à l’affaiblissement progressif des institutions.

Dans une tribune récente, Jean Pierre Bekolo dresse un constat alarmant : le Cameroun, sous le joug d’un système politique à bout de souffle, s’enfonce dans une période de contestation permanente. Les luttes d’influence se multiplient, tandis que les institutions, minées par des pratiques opaques, perdent toute crédibilité auprès de la population.

L’autorité de Paul Biya : un pilier malgré tout

Malgré son âge avancé et son retrait progressif de la scène publique, Paul Biya incarne encore une forme d’autorité symbolique. Son départ, même programmé, risquerait de plonger le pays dans une crise sans précédent. « Sans Paul Biya, plus personne ne sera véritablement respecté dans ce pays », affirme le cinéaste. Une déclaration qui résume l’angoisse d’une classe politique divisée et d’une société camerounaise en quête de repères.

Les Camerounais assistent, impuissants, à l’affaiblissement des institutions. Des ministères invisibles aux nominations contestées, en passant par des affaires de corruption qui ébranlent la confiance dans l’État, chaque jour apporte son lot de révélations accablantes. L’opinion publique s’interroge : qui, demain, pourra prétendre incarner la légitimité nécessaire pour gouverner ?

Les clans au pouvoir : une guerre d’influence déjà en marche

Les rivalités entre clans se font de plus en plus visibles. Les réseaux d’influence, souvent liés à des familles ou à des entourages proches du pouvoir, semblent désormais au-dessus des institutions. Des déclarations maladroites de certains responsables, des affaires de détournement de ressources publiques et des luttes internes pour le contrôle des richesses du pays alimentent un climat de défiance généralisée.

Les Camerounais assistent, médusés, à des scènes où des ministres ou des hauts fonctionnaires, en théorie garants de l’ordre républicain, sont éclaboussés par des scandales. L’or, les mines, les entreprises d’État : autant de sujets qui révèlent l’ampleur des dysfonctionnements et des privatisations de fait du patrimoine national.

Un avenir incertain : chaos ou transition maîtrisée ?

Pour Jean Pierre Bekolo, le futur du Cameroun est déjà écrit. Le pays est entré dans une phase de contestation permanente, où les réseaux sociaux et les médias jouent un rôle central. Les clans qui s’affrontent aujourd’hui devront tôt ou tard passer à une autre étape, bien plus violente. « Il ne faut pas exclure des affrontements graves, voire des assassinats », met-il en garde.

Les institutions, déjà paralysées, seront incapables d’assurer leur rôle. Des voix s’élèveront au sein même de l’État pour contester les décisions, tandis que les finances publiques sombreront dans le chaos. Chaque nomination, chaque décision sera remise en cause, plongeant le pays dans une instabilité chronique.

Face à cette situation, le cinéaste appelle à une transition organisée. Une transition qui permettrait de reconstruire la confiance, de rétablir la légitimité des institutions et d’organiser enfin des élections transparentes. « Leur dernier service au Cameroun ne consiste plus à conserver le pouvoir, mais à organiser la transition », souligne-t-il.

La sagesse d’un départ : une responsabilité historique

Jean Pierre Bekolo invite ceux qui ont suffisamment servi, ceux qui savent que leur temps est révolu, à quitter le pouvoir avec dignité. Une transition dirigée par un gouvernement provisoire, limité dans le temps, pourrait être la solution pour éviter l’effondrement. Une période de reconstruction où les nouvelles règles du jeu seraient établies, où la souveraineté nationale serait restaurée.

Toute manœuvre visant à prolonger artificiellement le système actuel ne ferait qu’aggraver la crise. Les Camerounais, lassés par des années de pratiques opaques, ne toléreront plus les stratagèmes de l’ombre. « Toutes ces démarches sont vouées à produire exactement le résultat que nous voulons tous éviter : le chaos », conclut-il.

Le Cameroun se trouve aujourd’hui à un carrefour. La voie de la sagesse passe par une transition maîtrisée, loin des luttes de pouvoir et des arrangements opaques. L’enjeu est de taille : éviter que le pays ne sombre dans une crise dont les conséquences pourraient être dramatiques pour des générations.