3 juin 2026

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Le Burkina Faso un an après le coup d’état : entre défis sécuritaires et quête de souveraineté

La région du Sahel est secouée par une instabilité grandissante. Après le Mali et le Burkina Faso, le Niger, autrefois considéré comme un partenaire occidental clé, a récemment été le théâtre d’un coup d’État. La présence croissante de mercenaires de Wagner et l’intensification des activités des groupes islamistes militants dans la zone font peser une lourde menace sur la stabilité et la sécurité régionales.

Une année charnière pour le Burkina Faso

Le 26 juillet, un groupe d’officiers militaires a annoncé la prise du pouvoir via la télévision nationale, agissant au nom du Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP). Lors du coup d’État précédent, le 30 septembre 2022, le président de transition avait formulé la promesse de résoudre des « problèmes logistiques mineurs » et de renforcer la « considération » au sein de l’armée pour reprendre le contrôle de la situation sécuritaire.

Depuis son avènement, le nouveau régime s’est résolument engagé dans une stratégie de réponse sécuritaire forte face aux assauts des groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’État Islamique. Cette stratégie inclut un recrutement massif de Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP), une force civile de soutien à l’armée. Le gouvernement a également investi dans l’acquisition de drones et d’hélicoptères pour « neutraliser » les jihadistes, et le Capitaine Traoré a été vu fréquemment sur le terrain, stimulant les troupes.

Cependant, le quotidien privé L’Observateur Paalga a souligné dans un éditorial que le problème initial ayant justifié l’arrivée du Capitaine Traoré sur la scène politique nationale « est loin d’être résolu ». À 34 ans, Traoré était le plus jeune dirigeant mondial lors de son investiture comme président par intérim, s’engageant à reconquérir les territoires perdus et à soutenir une transition vers des élections en juillet 2024.

Un expert en sécurité au Sahel a confié que « L’arrivée d’Ibrahim Traoré a suscité un immense espoir parmi la population confrontée à l’insécurité. » Il ajoute : « De nombreux efforts ont été déployés sur le terrain pour reprendre le contrôle de certaines zones, mais la situation s’est considérablement dégradée. »

Les chiffres alarmants confirment cette réalité :

  • Plus de 17 000 personnes ont péri dans des attaques depuis 2015, dont plus de 6 000 pour la seule année en cours, selon les données de l’ONG ACLED (Armed Conflict Location and Event Data Project).
  • L’armée et les VDP sont les principales cibles, mais les civils paient un lourd tribut. Plus de 6 000 écoles sont fermées au Burkina Faso, soit près d’une sur quatre, d’après le Conseil Norvégien pour les Réfugiés.
  • Deux millions de personnes ont été déplacées par la violence depuis 2015.

Entre succès revendiqués et préoccupations

Fin du mois dernier, le gouvernement a annoncé que plus de 190 000 personnes avaient pu regagner leurs foyers après que les jihadistes aient été chassés de ces zones. Les partisans du régime saluent les « décisions fermes » prises par le Capitaine Traoré.

Lassane Sawadogo, coordinateur du Front pour la Défense de la Patrie (un mouvement pro-régime), affirme : « Il n’y a pas d’échec. Nos soldats étaient sous-équipés pour la lutte contre le terrorisme, mais avec l’arrivée du Capitaine Traoré, nous avons acquis des moyens considérables. »

Cependant, des allégations d’abus commis par les VDP ou les forces armées ont été rapportées. En avril, le Collectif contre l’Impunité et la Stigmatisation des Communautés a dénoncé le meurtre de 136 personnes, dont des femmes et des enfants, dans le village de Karma, au nord du pays, par des hommes en uniforme militaire. Une enquête a été ouverte et le gouvernement a fermement condamné ces « actes vils et barbares », bien que le Capitaine Traoré ait mis en garde contre des conclusions hâtives accusant l’armée.

Redéfinition des partenariats internationaux

Parallèlement, des inquiétudes grandissent concernant l’érosion des libertés individuelles. L’Unité d’Action Syndicale, regroupant les principaux syndicats, a pointé du doigt des cas de recrutement forcé, d’enlèvements et de suspension de médias. Au cours des douze derniers mois, les médias français RFI, France 24 et Jeune Afrique ont été suspendus dans le pays, et des correspondants de Libération et du Monde ont été expulsés.

Sous la direction de Traoré, les relations avec la France se sont détériorées, entraînant le départ des forces françaises qui assistaient l’armée burkinabè en février. La junte a depuis diversifié ses partenaires internationaux, établissant des contacts avec la Russie, l’Iran et le Venezuela.

Plus tôt ce mois-ci, un pacte de défense mutuelle a été signé avec le Mali et le Niger, dont les dirigeants militaires ont également pris le pouvoir par des coups d’État depuis 2020. Lassane Sawadogo a déclaré que le Capitaine Traoré a « libéré le Burkina Faso du joug de l’impérialisme ». Il a également souligné que Traoré avait « beaucoup travaillé au cours des 12 derniers mois » et espérait « encore plus dans les mois à venir ».

Le régime conserve un certain soutien populaire : en témoigne la mobilisation de milliers de personnes mardi soir dans les rues d’Ouagadougou pour « défendre » Traoré, suite à des rumeurs de coup d’État sur les réseaux sociaux. Le lendemain, le gouvernement militaire a confirmé avoir déjoué une tentative de coup, conduisant à l’arrestation de quatre officiers.