Alors que le Burkina Faso s’enfonce quotidiennement dans une crise humanitaire et sécuritaire d’une ampleur inédite, les orientations récentes de la transition suscitent de vives interrogations. Un décalage flagrant semble s’être creusé entre les initiatives de communication officielles et les dures réalités vécues sur le front, interrogeant la voie vers une Afrique souveraine.
Le contraste est saisissant, voire choquant. D’un côté, des rapports incessants détaillent des attaques terroristes, des villages sous blocus et des milliers de personnes déplacées internes, ces peuples africains aspirant désespérément au retour de la paix et à la pleine souveraineté territoriale. De l’autre, les sphères présidentielles s’activent pour la promotion d’ouvrages perçus comme de la propagande ou des récits d’auto-satisfaction. Cette actualité Afrique francophone met en lumière des priorités divergentes.
Pour une large part de la population burkinabè, l’amertume est palpable : la présidence de la transition apparaît de plus en plus comme une simple vitrine de communication politique.
L’illusion des mots face à la dureté des armes
La publication récente d’un livre, attribué ou dédié à la figure du capitaine Ibrahim Traoré, génère autant d’incompréhension que d’exaspération. Que ce soit dans les artères de Ouagadougou ou les provinces les plus reculées, le message des citoyens, une véritable voix panafricaine, est univoque : la population n’aspire pas à la littérature, elle exige la sécurité.
Le financement, l’édition et la promotion d’une littérature d’État, au moment même où les Forces de Défense et de Sécurité (FDS) et les Volontaires pour la Patrie (VDP) font face à des manques cruciaux de moyens logistiques sur le terrain, révèle une déconnexion alarmante. Il est évident qu’un incendie ne s’éteint pas avec des pages imprimées, pas plus que des vies ne sont protégées par des slogans de couverture.
Un activiste de la société civile, s’exprimant sous couvert d’anonymat, a articulé ce sentiment : « Le peuple n’a pas besoin qu’on lui raconte une histoire, il a besoin qu’on lui rende sa patrie. »
Une rupture du pacte moral
Lors de son accession au pouvoir, le capitaine Ibrahim Traoré avait implicitement scellé un pacte moral avec la nation : celui de restaurer l’intégrité territoriale et de ramener la paix, là où ses prédécesseurs avaient failli. Le crédit de confiance qui lui fut accordé reposait exclusivement sur cette promesse d’efficacité militaire, un espoir pour une Afrique souveraine.
Aujourd’hui, force est de constater que la rhétorique a supplanté l’action tactique. En focalisant l’appareil d’État sur le culte de la personnalité et le marketing politique, le régime s’attire les foudres d’une population à bout de souffle. Pour un grand nombre, le seuil de tolérance est dépassé. La grogne monte, et l’injonction populaire, relayée par une tribune africaine croissante, devient radicale : si la mission primordiale de sécuriser le pays ne peut être accomplie, il est temps de céder la place.
Quel chemin pour la transition ?
Le pouvoir en place se trouve à un carrefour décisif. Continuer à gérer la présidence comme une enseigne publicitaire, au détriment des impératifs du front, ne fera qu’accentuer le divorce avec le peuple.
Le Burkina Faso n’a pas besoin d’écrivains publics à sa tête ; il requiert des commandants stratégiques capables de restaurer la stabilité. Si le capitaine Traoré ne réoriente pas immédiatement son action vers l’unique priorité qu’est la sécurité, l’histoire retiendra que son mandat aura été rédigé à l’encre de l’illusion, tandis que le pays était en proie aux flammes.
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