14 mai 2026

Lac Tchad : opérations militaires tchadiennes et disparition de pêcheurs nigérians

Lac Tchad : des frappes tchadiennes font craindre le pire pour des dizaines de pêcheurs nigérians

Depuis plusieurs jours, le lac Tchad, zone stratégique partagée entre le Nigeria, le Cameroun, le Niger et le Tchad, est le théâtre d’opérations militaires intenses. L’armée tchadienne mène en effet des frappes aériennes ciblées contre des positions attribuées à Boko Haram dans des îlots situés en territoire nigérien. Ces actions surviennent après une attaque récente du groupe terroriste contre des bases militaires tchadiennes, intensifiant les tensions dans la région.

Selon des témoignages recueillis par l’AFP, ces frappes auraient causé la disparition de nombreux pêcheurs nigérians. Des groupes d’autodéfense locaux ainsi que des responsables syndicaux confirment que ces opérations, toujours en cours, ont déjà fait des victimes parmi les populations civiles engagées dans la pêche dans cette zone sous contrôle djihadiste.

Frappes aériennes sur le lac Tchad : bilan humain incertain

Des pêcheurs pris au piège de la guerre contre le terrorisme

Les frappes tchadiennes visent notamment l’île de Shuwa, un bastion connu de Boko Haram et un important centre de pêche fréquenté par des Nigérians. Selon des sources locales, ces pêcheurs, originaires principalement de Doron Baga et de l’État de Taraba, paient régulièrement un impôt au groupe terroriste pour accéder à ces zones riches en poissons. Les bombardements ont donc frappé des civils dans une région déjà sous tension.

Un responsable syndical nigérian a révélé que « 40 pêcheurs sont portés disparus et probablement décédés, noyés ou écrasés lors des frappes ». Adamu Haladu, un pêcheur de Baga, a confirmé ces craintes : « Les victimes viennent majoritairement de notre région, où la survie dépend souvent de la pêche dans ces eaux contrôlées par les djihadistes ».

Cette situation rappelle un incident similaire survenu en octobre 2024, lorsque des frappes aériennes tchadiennes avaient causé la mort de dizaines de pêcheurs nigérians près de l’île de Tilma, malgré leur statut de civils. L’armée tchadienne avait alors démenti toute cible intentionnelle sur des innocents, attribuant ces pertes à des « erreurs de ciblage » lors de représailles contre Boko Haram.

Une crise humanitaire aggravée par l’insécurité

L’insurrection djihadiste de Boko Haram et de l’ISWAP a déjà causé plus de 40 000 morts et déplacé deux millions de personnes dans le nord-est du Nigeria, selon les Nations Unies. La menace s’étend désormais aux pays voisins, comme le Niger, le Cameroun et le Tchad, compliquant la lutte antiterroriste.

En 2015, quatre pays riverains du lac Tchad avaient formé une force multinationale mixte pour contrer les groupes armés. Cependant, le Niger a quitté cette coalition en 2025, fragilisant encore davantage les efforts régionaux contre le terrorisme.

Face à cette escalade, les populations locales, notamment les pêcheurs, se retrouvent prises au piège entre les opérations militaires et la présence djihadiste, subissant des pertes collatérales dans un conflit qui semble sans issue immédiate.