12 août 2026

Voix Panafricaine

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Karpowership booste l’énergie du Gabon avec 150 mw

Spécialiste des centrales électriques flottantes, le groupe turc Karpowership s’impose désormais comme un acteur incontournable dans le paysage énergétique du Gabon. Son directeur national, Evans Damada, confirme que les deux navires-centrales amarrés au large de Libreville et de Port-Gentil injectent désormais 150 mégawatts sur le réseau gabonais, couvrant près d’un quart de la capacité totale disponible. Une contribution stratégique qui met en lumière les défis structurels persistants du système électrique local et l’urgence de solutions rapides.

Un déploiement express pour répondre à une crise électrique

L’intégration accélérée de ces powerships par le Gabon s’est déroulée en un temps record, répondant aux coupures récurrentes qui paralysaient aussi bien les foyers que les zones industrielles. Ce bond en avant illustre l’atout majeur des centrales flottantes turques : leur capacité à être remorquées et raccordées en quelques semaines seulement, contrairement aux centrales terrestres classiques dont la construction s’étale sur plusieurs années. Le Gabon s’ajoute ainsi à une longue liste de pays africains partenaires de Karpowership, comme la Côte d’Ivoire, le Sénégal ou encore la Guinée-Bissau.

Le modèle économique repose sur des contrats pluriannuels de vente d’électricité, facturés en dollars avec un tarif au kilowattheure produit. Une formule qui, bien que flexible, a suscité des débats dans plusieurs capitales africaines en raison de son impact budgétaire, notamment avec la volatilité des cours des hydrocarbures.

Une dépendance énergétique à encadrer

Pour les responsables gabonais, l’apport immédiat de 150 MW représente une bouffée d’air pour un réseau sous tension. La Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG) peine depuis des années à suivre une demande en forte croissance, alimentée par l’urbanisation galopante, l’expansion des zones économiques spéciales et la relance des activités minières. Le pays, dont la production repose sur un mix hydroélectrique, gazier et fioul, voit ses marges de manœuvre se réduire face à des infrastructures vieillissantes.

Toutefois, cette dépendance envers un seul fournisseur soulève des interrogations. Avec 25 % de la capacité nationale entre ses mains, Karpowership dispose d’un levier de négociation significatif, dans un contexte où Libreville cherche à renforcer sa souveraineté énergétique en exploitant ses ressources gazières locales. Les autorités de la transition, engagées depuis août 2023 dans la modernisation des infrastructures, doivent désormais concilier urgence opérationnelle et ambition à long terme.

Vers une transition énergétique locale

Selon Evans Damada, les navires-centrales turcs ne sont qu’une solution temporaire, conçue pour combler le fossé entre la demande actuelle et la montée en puissance des infrastructures locales. Plusieurs projets sont en cours, dont celui du barrage de Kinguélé Aval (développé par Meridiam et Gabon Power Company) et des centrales à gaz alimentées par les gisements offshore. Une fois opérationnelles, ces nouvelles capacités devraient progressivement réduire la part des powerships dans le mix énergétique gabonais.

En attendant, les navires turcs restent indispensables au bon fonctionnement du réseau. Ils assurent une alimentation de base pour Libreville et le corridor industriel de l’Estuaire, avec une maintenance assurée par des équipes mixtes turques et gabonaises. Des efforts de formation sont également déployés, même si leur ampleur reste en deçà des attentes des autorités locales.

À court terme, la question n’est plus de savoir si le Gabon peut se passer de Karpowership, mais comment il parviendra à rééquilibrer durablement son mix électrique. Les négociations tarifaires, la durée des contrats et l’intégration progressive du gaz national figurent parmi les prochains défis à relever. D’après les dernières annonces, l’opérateur turc compte bien rester un partenaire de long terme pour le secteur gabonais.