L’oligarque russe Evgueni Prigojine, proche de Vladimir Poutine et financier du groupe Wagner, joue un rôle central dans la stratégie d’influence de Moscou sur le continent africain. Pour y parvenir, il s’appuie sur un réseau d’associations et de médias relais, comme l’Afric (Association pour la recherche libre et la coopération internationale), dirigée depuis Maputo par l’universitaire mozambicain José Matemulane. Cette structure, présidée par Ioulia Afanasieva (une proche de Prigojine), sert de plateforme pour diffuser des messages pro-russes ou anti-occidentaux en Afrique.
Afrique Média TV et Radio Révolution panafricaine : les relais médiatiques pro-Kremlin
L’Afric entretient des liens étroits avec plusieurs médias panafricains, dont Radio Révolution panafricaine et Afrique Média TV, basée au Cameroun. Cette dernière chaîne appartient au groupe de presse Afrique Média, dirigé par Justin B. Tagouh – qui affirme avoir rencontré Poutine à Sotchi à deux reprises. Au Cameroun, Banda Kani, président du parti Nouveau mouvement populaire, y défend des positions radicalement pro-Kremlin dans le conflit ukrainien, qualifiant le régime de Kiev de « oligarchie criminelle » et son président Volodymyr Zelensky de « voyou ».
- Kemi Seba, militant franco-béninois, est régulièrement invité sur cette chaîne.
- Afrique Média TV relaie aussi des déclarations de figures comme Nathalie Yamb, une Suissesse d’origine camerounaise expulsée de Côte d’Ivoire en 2019 pour ses prises de position anti-françaises.
Nathalie Yamb : la « dame de Sotchi » et ses réseaux pro-russes
Proche de Kemi Seba, qui la décrit comme une « grande sœur de lutte et de cœur », Nathalie Yamb s’est imposée comme l’une des détractrices les plus suivies de la France et de ses alliés sur le continent. Elle se définit elle-même comme la « dame de Sotchi » depuis sa participation remarquée au sommet Russie-Afrique de 2019. Selon un rapport de l’ONG Free Russia Foundation, elle a notamment participé à une conférence organisée par l’Afric à Berlin en janvier 2020, en collaboration avec la Fondation pour la protection des valeurs nationales – une structure liée à Prigojine et dirigée par Alexander Malkevitch (un « journaliste » proche des services de renseignement russes).
Depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, Nathalie Yamb affiche clairement son soutien à l’armée russe. Elle est également membre du parti ivoirien Lider, dont le compte Twitter relaie régulièrement la propagande pro-russe. Bien que son fondateur, Mamadou Koulibaly, ait officiellement pris sa retraite politique et ne soit plus actif sur les réseaux sociaux, il s’est rendu à Bamako en mars 2022 pour soutenir la junte malienne, elle-même pro-russe. Dans une interview à Vox Africa, il a expliqué avoir répondu à l’invitation d’un mouvement de jeunes panafricanistes et souhaité « violer l’embargo pour soutenir les populations et les jeunes qui luttent pour affirmer leur souveraineté ».
Kemi Seba et ses liens avec les idéologues du Kremlin
Le militant franco-béninois Kemi Seba, fondateur de l’ONG Urgence panafricaniste, s’est rapproché ces dernières années de l’idéologue russe Aleksandr Douguine, chantre d’un monde multipolaire et d’une idéologie anti-occidentale et anti-libérale, très influent dans l’entourage de Poutine. Seba avait été reçu par le président russe dès 2017 et l’a à nouveau rencontré début mars 2022 à Moscou. Lors de ce voyage, il s’est entretenu avec Mikhaïl Bogdanov, le vice-ministre russe des Affaires étrangères chargé de l’Afrique et du Moyen-Orient, avant de donner une conférence à l’Institut d’État des relations internationales de Moscou.
Sur Vox Africa, en octobre 2020, Kemi Seba a expliqué avoir été invité par Evgueni Prigojine en Russie, au Soudan et en Libye. Il affirme cependant avoir pris ses distances avec l’oligarque lorsque ce dernier lui a suggéré d’organiser des actions violentes contre des symboles occidentaux, même au prix de dommages collatéraux en Afrique. Malgré cela, l’activiste continue de multiplier les déclarations favorables aux thèses du Kremlin sur les réseaux sociaux.
Un soutien à Moscou qui s’étend au-delà des frontières
Les réseaux médiatiques pro-russes ne se limitent pas au Cameroun ou à la Côte d’Ivoire. Au Bénin, des figures comme Banda Kani défendent ouvertement des positions pro-Kremlin. En Afrique du Sud, le compte Twitter attribué à Duduzile Zuma-Sambudla (la fille de l’ex-président Jacob Zuma), qui compte plus de 200 000 abonnés, a été le premier à populariser le hashtag #istandwithrussia, partagé des centaines de milliers de fois depuis. La majorité des contenus associés y dénoncent l’impérialisme occidental et l’influence de l’OTAN.
Les relais du soft power russe au Mali et en Centrafrique
Au Mali : Adama Diarra dit « Ben le cerveau » et le mouvement Yerewolo – Debout sur les remparts
Au Mali, la présence russe est fortement portée par des figures locales comme Adama Diarra, surnommé « Ben le cerveau ». Il est le porte-parole du mouvement Yerewolo – Debout sur les remparts, une association malienne pro-russe. En septembre 2021, alors que des rumeurs circulaient à Bamako sur un éventuel contrat entre Wagner et l’État malien, il a été le premier à confirmer qu’un tel accord était en négociation entre les autorités maliennes et le réseau Prigojine.
« Cinquante experts militaires russes sont présents au Mali depuis plus d’un mois. Ils ont rendu une expertise », avait précisé Adama Diarra, membre du Conseil national de transition (CNT) et fervent soutien de la junte malienne. Depuis l’automne 2021, il est à l’origine de presque toutes les manifestations pro-russes organisées à Bamako.
En Centrafrique : la radio Lengo Songo, un outil de propagande pro-Kremlin
La galaxie Prigojine s’étend également jusqu’à Bangui, où Fred Krock, directeur de la radio Lengo Songo, joue un rôle clé dans la diffusion des messages pro-russes. Cette radio, très écoutée en Centrafrique, serait entièrement financée par Lobaye Invest, une société minière liée à la nébuleuse Wagner dans le pays. À l’origine de cette structure, on trouve Evgueni Khodotov, un fidèle de Prigojine.
Sur les ondes de Lengo Songo, les propos des principales figures de la présence russe à Bangui sont régulièrement diffusés, qu’il s’agisse de l’ancien ambassadeur russe Vladimir Titorenko, de l’ex-conseiller à la présidence centrafricaine Valeri Zakharov, du sociologue russe Maksim Shugaley ou encore d’Aleksandr Ivanov, le patron de la Communauté des officiers pour la sécurité internationale (Cosi).
Cette radio est également utilisée par une partie de la société civile centrafricaine, notamment par Blaise Didacien Kossimatchi, membre de la plateforme « Galaxie nationale » (très pro-Faustin-Archange Touadéra), et par Harouna Douamba, président de l’association « Aimons notre Afrique » – une structure financée par Lobaye Invest. Les deux hommes comptent parmi les organisateurs des manifestations pro-russes à Bangui.
Les influenceurs pro-russes en Afrique : une stratégie d’influence coordonnée
Cette stratégie d’influence coordonnée par Moscou s’appuie sur des figures controversées mais très suivies sur le continent, comme Kemi Seba ou Nathalie Yamb. Ces activistes, souvent en conflit avec les autorités locales, utilisent leurs réseaux pour diffuser des messages pro-russes ou anti-occidentaux, notamment via des médias comme Afrique Média TV ou Lengo Songo.
Parmi les autres relais notables de l’influence russe en Afrique, on trouve également Justin B. Tagouh (Cameroun), Mamadou Koulibaly (Côte d’Ivoire, fondateur du Lider), ou encore Duduzile Zuma-Sambudla (Afrique du Sud) et sa fille de l’ex-président Jacob Zuma.
Alors que les tensions entre l’Occident et la Russie s’intensifient, notamment avec la guerre en Ukraine, ces réseaux d’influence pro-russes en Afrique jouent un rôle de plus en plus visible dans le paysage médiatique et politique du continent.
Les figures maliennes et centrafricaines pro-russes
- Adama Diarra dit « Ben le cerveau » (Mali) : porte-parole du mouvement Yerewolo – Debout sur les remparts et organisateur des manifestations pro-russes à Bamako.
- Fred Krock (Centrafrique) : directeur de la radio Lengo Songo, entièrement financée par Lobaye Invest, et relais des positions pro-Kremlin à Bangui.
- Blaise Didacien Kossimatchi et Harouna Douamba (Centrafrique) : membres de la société civile pro-russes et organisateurs des manifestations pro-Kremlin à Bangui.
Les médias pro-russes en Afrique
- Afrique Média TV (Cameroun) : chaîne dirigée par Justin B. Tagouh, qui relaie des positions radicalement pro-Kremlin et invite régulièrement des figures comme Kemi Seba ou Nathalie Yamb.
- Radio Révolution panafricaine : média en partenariat avec l’Afric pour diffuser des messages pro-russes en Afrique.
- Lengo Songo (Centrafrique) : radio financée par Lobaye Invest et dirigée par Fred Krock, utilisée pour promouvoir les positions pro-Kremlin de Moscou à Bangui.
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