L’alliance maroco-américaine : une relation historique aux répercussions sur la crise migratoire de Ceuta

L’histoire entre le Maroc et les États-Unis s’étend sur plus de deux siècles, façonnée par des traités emblématiques et des partenariats stratégiques. Cette relation, souvent qualifiée de particularité diplomatique, a pris une nouvelle dimension lors de la récente crise migratoire à Ceuta, où Washington a clairement affiché son soutien indéfectible à Rabat.
Réagissant à l’afflux de plus de 70 000 personnes vers cette enclave espagnole, les États-Unis ont adopté une position sans équivoque. Donald Trump a qualifié l’événement de « catastrophe » comparable à une « invasion territoriale », tandis que le département d’État a pointé du doigt la gestion des frontières par Madrid. Une posture qui a surpris plus d’un observateur, d’autant que Washington n’a jamais remis en cause l’origine marocaine de cette vague migratoire.
Cette réaction s’inscrit dans un contexte où les liens entre les deux pays, déjà solides, se sont encore renforcés ces dernières années. Une analyse des fondements de cette alliance s’impose pour comprendre ses implications actuelles.
Des racines historiques profondes entre le Maroc et les États-Unis
L’amitié maroco-américaine plonge ses racines dans une époque où les États-Unis n’étaient qu’une jeune nation en quête de reconnaissance internationale. En 1776, alors que les colons américains proclamaient leur indépendance, le Maroc, dirigé par la dynastie alaouite, était déjà un État souverain et respecté.
Dès 1777, le sultan Mohammed III autorisait les navires américains à accéder librement aux ports marocains, une décision considérée comme un geste de bonne volonté. Mais c’est en 1786 que les deux nations scellaient leur destin commun avec la signature du Traité de paix et d’amitié à Marrakech, le plus ancien accord encore en vigueur aujourd’hui selon les archives diplomatiques américaines.
Ce traité revêtait une importance capitale pour les États-Unis, alors vulnérables face aux pirates nord-africains qui capturaient leurs navires et retenaient leurs équipages en échange de rançons. L’accord offrait une protection maritime essentielle et ouvrait la voie à des échanges commerciaux florissants. Comme le souligne Timothy W. Kneeland, professeur d’histoire à l’université de Nazareth (New York) :
« La position stratégique du Maroc, à la croisée de la Méditerranée, de l’Afrique et du monde arabo-musulman, en a fait un partenaire idéal pour les États-Unis dans leur quête d’influence mondiale et de développement commercial. »
Après son indépendance en 1956, le Maroc a rapidement rétabli des relations diplomatiques avec Washington, reconnaissant ainsi l’importance de ce partenariat séculaire.

Sécurité et Sahara occidental : les piliers de la coopération moderne
La collaboration entre le Maroc et les États-Unis a pris une nouvelle dimension après les attentats du 11 septembre 2001. Sarah Yerkes, chercheuse à la Fondation Carnegie, souligne que :
« Depuis ces événements, Rabat est devenu un allié incontournable dans la lutte contre le terrorisme international, notamment en Afrique du Nord. »
En 2004, Washington accordait au Maroc le statut d’allié majeur non membre de l’OTAN, facilitant ainsi l’accès à des équipements militaires avancés. Ce partenariat s’est concrétisé par des exercices communs comme African Lion, le plus important entraînement militaire organisé par l’AFRICOM, ainsi que par des collaborations dans la formation des forces spéciales et la lutte antiterroriste.
Les données de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI) révèlent que les États-Unis représentent 60 % des importations d’armements du Maroc entre 2021 et 2025, suivis par Israël (24 %) et la France (10 %). Une illustration frappante de la confiance mutuelle dans le domaine de la défense.
Sur le plan diplomatique, le Maroc a obtenu un soutien décisif de Washington concernant le Sahara occidental. En 2020, dans le cadre des accords d’Abraham, Donald Trump a officiellement reconnu la souveraineté marocaine sur ce territoire, une décision saluée par Rabat comme une victoire historique. Sarah Yerkes commente :
« Le Maroc est le membre le plus performant des accords d’Abraham. Cette normalisation avec Israël a résisté aux tensions géopolitiques, prouvant la solidité du partenariat avec les États-Unis. »
Sur le plan économique, l’accord de libre-échange signé en 2006 a dynamisé les échanges commerciaux. Les échanges de marchandises ont atteint 7,4 milliards de dollars en 2025, soit près de huit fois plus qu’en 2005, avant l’entrée en vigueur de l’accord. Un bond significatif, même si le Maroc reste le 46e marché d’exportation pour les États-Unis.

Ceuta : un test pour l’alliance transatlantique
La crise migratoire à Ceuta a révélé les tensions au sein du triangle États-Unis-Maroc-Espagne. Cet événement a mis en lumière la solidité de l’alliance maroco-américaine, tout en exposant les divergences entre Washington et Madrid.
Alors que l’Espagne accusait des réseaux de trafic d’êtres humains et les réseaux sociaux d’avoir favorisé l’afflux massif de migrants, de nombreux observateurs espagnols ont pointé du doigt une possible complicité du Maroc. Cependant, les États-Unis ont choisi une approche radicalement différente.
Donald Trump a dénoncé une « mauvaise gestion des frontières » de la part de l’Espagne, qualifiant la situation de « catastrophe comparable à une invasion ». Une position qui a surpris, d’autant que Washington n’a jamais exigé d’explications de Rabat ni évoqué un relâchement délibéré des contrôles frontaliers.
Sarah Yerkes analyse cette réaction :
« Les États-Unis ne semblent pas considérer la crise de Ceuta comme une initiative marocaine. Leur critique envers l’Espagne reflète plutôt leur désaccord avec les politiques migratoires de Madrid, perçues comme inefficaces. »
Cette crise a également révélé les tensions au sein de l’OTAN. L’Espagne, allié militaire clé des États-Unis, dépend pourtant de la coopération marocaine pour gérer sa frontière nord-africaine. Or, les deux alliances sont aujourd’hui mises à l’épreuve.
Washington pourrait trouver dans le Maroc un partenaire de substitution pour ses opérations logistiques, notamment après le veto espagnol sur l’utilisation des bases de Rota et Morón pour des missions en Iran. Donald Trump a d’ailleurs souligné cette opportunité lors de son message pour la Fête du Trône marocaine, célébrant 250 ans d’amitié et appelant à renforcer la coopération pour les « 250 prochaines années ».

Plus d'histoires
Maroc-Espagne : le poids invisible des énergies dans la rivalité diplomatique
Slovan Bratislava défie Mjallby AIF pour une place en Ligue des champions
Tchad : Pahimi Padacké Albert exhorte à l’unité et à la réconciliation nationale