Une matinée meurtrière aux abords de l’ORTM
À Bamako, capitale du Mali, deux jeunes hommes ont trouvé la mort ce matin-là, abattus par des militaires en faction près de l’ORTM, la radio-télévision publique malienne. L’incident s’est produit vers 5h30, alors que les forces de sécurité surveillaient les accès à ce site hautement protégé, abritant également un hôtel de premier plan.
Selon les autorités militaires, les deux individus, circulant à moto, auraient tenté de franchir les barrages sécurisés sans respecter les consignes. Pourtant, des témoignages locaux évoquent une tout autre version : celle de travailleurs saisonniers se rendant à leur chantier, ignorant les restrictions en vigueur.
Cette tragédie survient dans un contexte où la capitale malienne est en état d’alerte maximale. Les barrages militaires se multiplient, et la population apprend douloureusement à composer avec cette nouvelle réalité.
Des barrages sous tension depuis les dernières attaques
Les check-points érigés près de l’ORTM ont été renforcés après les récentes attaques menées par le Jnim, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, dans sept localités du pays, dont Bamako. Les forces armées maliennes (FAMa) étaient alors engagées dans des combats intenses pour sécuriser la zone.
D’après l’État-major des armées, les deux jeunes hommes n’auraient pas obéi aux sommations des militaires après avoir forcé le premier barrage. Des tirs d’avertissement auraient été lancés avant que les militaires ne ripostent, causant leur mort. Une version contestée par plusieurs habitants.
Une conductrice, souhaitant rester anonyme, partage son point de vue : « En ces temps troublés, personne ne devrait s’aventurer dans cette zone sans autorisation. Les accès sont fermés pour une raison. Les agents sur place agissaient dans leur bon droit. »
Débats sur l’usage de la force : entre sécurité et droits humains
Seyba, un autre Bamakois, exprime un avis radicalement différent. Pour lui, une solution moins radicale aurait pu être envisagée : « Pourquoi ne pas avoir ciblé la moto ou blessé les individus pour les interroger ensuite ? Maintenant, il nous sera impossible de connaître leurs motivations réelles. Même s’ils étaient des présumés terroristes, on ne saura jamais la vérité. »
Les témoignages recueillis sur place confirment que les deux jeunes hommes étaient des travailleurs saisonniers, se rendant à leur chantier. Leur méconnaissance des règles en vigueur expliquerait leur comportement. Depuis cet incident, la sécurité autour de l’ORTM, des camps militaires et de l’aéroport international de Bamako-Senou a été intensifiée, limitant désormais l’accès aux seuls voyageurs et personnel autorisé.
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