30 avril 2026

Défaite stratégique de l’Africa Corps à Kidal face aux offensives djihadistes au Mali

Un événement majeur et symbolique a secoué le nord-est du Mali. Le dimanche 26 avril, à Kidal, les forces de l’Africa Corps, qui ont succédé au groupe Wagner en 2025 et sont alliées à la junte de Bamako, ont été contraintes à la défection. Les images circulant sur les réseaux sociaux témoignent d’une retraite humiliante. À bord de camions, désarmés et sous la pression du Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (GSIM), également connu sous le nom de JNIM, et de leurs alliés rebelles touaregs du Front de Libération de l’Azawad (FLA), les membres de l’Africa Corps ont évacué la zone en toute hâte. Cette fuite précipitée a entraîné l’abandon de dizaines de véhicules blindés et d’hélicoptères, désormais aux mains des groupes djihadistes et rebelles touaregs. Parallèlement, plusieurs soldats maliens ont été capturés après des affrontements brefs.

Depuis le samedi précédent, le Mali, pays sahélien, est la cible d’une série d’attaques coordonnées menées par des djihadistes du GSIM, affiliés à Al-Qaïda, en collaboration avec la rébellion indépendantiste touareg du FLA. Ces opérations ont visé des positions stratégiques de la junte à travers l’ensemble du territoire, y compris dans les environs de la capitale, Bamako.

Une revanche attendue depuis 2023

Le lundi, le groupe paramilitaire Africa Corps, désormais sous le contrôle direct du ministère russe de la Défense, a confirmé le retrait de ses troupes de Kidal, ville stratégique du nord du Mali. Cette évacuation représente une victoire pour les rebelles du FLA, qui avaient vu les mercenaires russes du groupe Wagner s’emparer de la ville et y hisser leur drapeau, dix-huit mois plus tôt, en novembre 2023. Cet échec est d’autant plus cuisant pour les alliés russes de la junte. « Le seul véritable succès stratégique que les Russes avaient pu revendiquer depuis leur arrivée au Mali en 2021 était précisément la prise de Kidal, un bastion touareg historique », souligne Djenabou Cissé, chercheuse associée à la Fondation pour la Recherche Stratégique, dans les colonnes du Parisien. « Sa chute résonne comme un désaveu manifeste. »

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Les assauts coordonnés du GSIM ne se sont pas limités à Kidal, ciblant également la capitale Bamako, la ville de Kati – qui abrite la principale base militaire du pays – et Gao, ancienne base des Nations Unies. Au total, au moins six localités du Mali ont été la cible de ces attaques.

Depuis le coup d’État de 2021, le Mali est sous la direction d’une junte militaire. Parallèlement, le pays est confronté depuis des années à l’intensification des activités du groupe djihadiste affilié à Al-Qaïda, qui a transformé la région en épicentre mondial du terrorisme et de ses victimes en 2025, selon un rapport de l’Institute for Economics and Peace. Depuis l’été 2025, ces groupes djihadistes ont infligé de nombreuses défaites aux forces armées maliennes et à leurs alliés russes, allant jusqu’à imposer des blocus autour de la capitale pour tenter de l’asphyxier économiquement.

Une efficacité des mercenaires russes remise en question

Face à la progression djihadiste, les dirigeants militaires maliens ont fait appel aux mercenaires russes, d’abord avec Wagner à partir de 2021, puis avec l’Africa Corps depuis 2025. Cependant, cette présence n’a pas enrayé la violence, qui a même connu une recrudescence. Le Washington Post souligne que certaines des pires exactions contre des civils ont été perpétrées par ces mercenaires russes et des éléments de l’armée malienne. Depuis 2021, plusieurs rapports des Nations Unies et de la Fédération Internationale pour les Droits Humains ont documenté une augmentation notable des violences sexuelles liées au conflit, attribuées aux forces de défense et de sécurité maliennes et à leurs supplétifs russes, comme l’avait rapporté Le Monde en août dernier.

Selon Wassim Nasr, journaliste spécialisé dans les mouvements djihadistes, « il était évident depuis longtemps que les mercenaires russes étaient inefficaces en tant que partenaires dans la lutte antiterroriste, que ce soit sous la bannière de Wagner ou désormais de l’Africa Corps. Les attaques de samedi n’ont fait que confirmer ces lacunes », a-t-il déclaré au Washington Post.

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Ce week-end, des vidéos provenant de diverses régions du Mali ont illustré l’ampleur des assauts. À Kidal, les djihadistes ont pris d’assaut le bureau du gouverneur. À Bamako, des résidents ont observé les combattants du GSIM pénétrer dans la ville sans rencontrer de résistance significative. En périphérie de la capitale, à Kati, siège du quartier général de la junte, une attaque à la bombe a détruit la résidence du ministre de la Défense, Sadio Camara, qui a péri dans cette offensive.

Des questions sur la « trahison à Kidal »

Le lundi, le Premier ministre Abdoulaye Maïga s’est adressé à la presse, rendant hommage au ministre de la Défense Sadio Camara et cherchant à apaiser la population. Lors d’une brève déclaration diffusée au journal télévisé, marquant sa première apparition depuis le début de l’offensive djihadiste samedi, le président et chef de la junte, Assimi Goïta, a affirmé mardi soir que la situation était « sous contrôle » et que les opérations se poursuivraient jusqu’à la « neutralisation complète des groupes impliqués » dans les attaques.

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Malgré les restrictions sur la liberté d’expression au Mali, l’échec des Famas et des soldats de l’Africa Corps est déjà sujet à de vives interrogations. « Les Russes nous ont trahis à Kidal », a confié un officier malien à RFI. Selon ses dires, le gouverneur de la région aurait alerté les mercenaires russes « trois jours avant l’attaque, mais ils n’ont rien fait. En réalité, ils avaient déjà négocié leur départ ». Si les forces russes ont quitté Kidal, leur départ d’autres localités du nord du pays est également envisagé, ce qui pourrait affaiblir davantage l’armée régulière malienne.

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a pour sa part refusé de commenter la capacité de l’Africa Corps à maîtriser la situation lors de son point presse quotidien ce mardi 28 avril. Il a néanmoins assuré que les forces russes avaient déjoué une tentative de coup d’État au Mali menée par les combattants du FLA et du GSIM, selon l’agence Reuters.