La scène politique du Tchad traverse une période de profonde instabilité. La dissolution du GCAP par la Cour suprême et la condamnation à huit ans de prison de ses huit principaux responsables ont profondément ébranlé ce qui subsistait de l’opposition organisée. Selon le politologue Abouna Alhadj, cette répression judiciaire révèle une crise plus large : celle de la capacité de l’opposition à se structurer et à se mobiliser face à un régime qui impose ses propres priorités.
une opposition affaiblie, mais pas totalement vaincue
« L’impact est immédiat : l’opposition est fragilisée », analyse le politologue. Les dirigeants du GCAP, une fois arrêtés, ont accepté la dissolution du mouvement et abandonné toute idée de manifestation. Cette réaction soulève des questions sur leur stratégie. Abouna Alhadj y voit à la fois une faiblesse organisationnelle et une possible tactique politique. « Le GCAP a-t-il cherché à démasquer le système en révélant sa nature réelle ? » s’interroge-t-il.
une stratégie risquée ou une révélation nécessaire ?
Après une longue période de silence, le mouvement est revenu sur le devant de la scène en annonçant une manifestation rapidement réprimée. Selon le politologue, cette initiative aurait pu être une tentative d’exposer la véritable nature du régime. « Si c’était une stratégie, son efficacité reste à prouver », souligne-t-il.
une opposition divisée et une stratégie gouvernementale efficace
Au-delà de cet affaiblissement, le politologue constate une fragmentation accrue au sein de l’opposition. « Les partis peinent à s’accorder sur les priorités essentielles », observe-t-il. L’arrestation des cadres du GCAP n’a suscité qu’un faible soutien de la part des autres formations politiques.
Pour Abouna Alhadj, le pouvoir a réussi à imposer son propre agenda : la sécurité, la cohésion nationale et l’unité. « Si vos actions ne s’alignent pas sur ces thèmes, vous êtes écrasés. Et cela semble faire consensus », explique-t-il. Certaines factions de l’opposition, en adoptant ce discours, se sont progressivement éloignées des courants plus radicaux.
vers une nouvelle génération de leaders ?
Interrogé sur les forces capables de prendre le relais, le politologue reste mesuré. Il évoque le Parti réformiste et d’autres formations qui tentent encore de maintenir une présence politique, mais insiste sur le fait que la solution ne repose pas uniquement sur des figures individuelles. « Ces groupes ne pourront s’imposer durablement qu’en se réorganisant », affirme-t-il.
Selon lui, l’émergence d’une nouvelle génération de dirigeants semble inévitable. « L’histoire montre que chaque problème trouve une solution. Comme le disait Michel de Certeau, quand toutes les portes sont fermées, il reste toujours une fenêtre », rappelle-t-il.
appel à l’intervention internationale
Enfin, le politologue en appelle à la diaspora tchadienne, qu’il juge active et engagée, pour renforcer son plaidoyer auprès des instances internationales. Il interpelle également les partenaires du Tchad : « L’ONU, l’Union africaine et les acteurs internationaux doivent se saisir de la question tchadienne. Il est inacceptable, au XXIᵉ siècle, de tolérer des arrestations et des condamnations sans garantie de procès équitable », insiste-t-il.
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