13 juillet 2026

Voix Panafricaine

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Crise politique au Sénégal : Sonko et Faye s’affrontent après mbacké

Les points clés

  • Remaniement : Le président Bassirou Diomaye Faye a écarté Ousmane Sonko du poste de Premier ministre le 22 mai 2026
  • Défi politique : À Mbacké, le 12 juillet 2026, Sonko a annoncé une motion de censure contre le gouvernement dirigé par Ahmadou Al Aminou Lô
  • Soutien présidentiel : Dix des seize maires du département de Mbour ont affiché leur adhésion à Bassirou Diomaye Faye lors de la même journée
  • Nouveau parti : Le chef de l’État organise le lancement officiel de sa formation politique le 8 août 2026 à la Dakar Arena

Un meeting explosif à Mbacké

La tension politique au Sénégal a atteint un niveau inédit lors du rassemblement organisé par Ousmane Sonko le 12 juillet à Mbacké. En tant que président de l’Assemblée nationale, il a violemment critiqué la politique menée par Bassirou Diomaye Faye et son équipe. Les promesses électorales de souveraineté sur les ressources naturelles, notamment les contrats pétroliers et miniers, seraient selon lui abandonnées par l’exécutif. Sonko a également dénoncé des pratiques de corruption au sein de l’administration, tout en promettant une action parlementaire radicale pour renverser le gouvernement d’Ahmadou Al Aminou Lô, nommé Premier ministre fin mai.

Une fracture irréversible depuis le printemps

Le limogeage d’Ousmane Sonko de la primature le 22 mai 2026 a marqué un tournant dans les relations entre les deux hommes. Considérés comme les figures centrales du mouvement Pastef depuis l’élection de mars 2024, ils ont vu leur alliance voler en éclats après ce remaniement brutal. Ahmadou Al Aminou Lô a pris la tête du gouvernement trois jours plus tard, tandis que Sonko accédait à la présidence de l’Assemblée nationale. Depuis, l’ancien chef du gouvernement utilise cette tribune pour maintenir une pression constante sur l’exécutif, malgré son éloignement des leviers de pouvoir directs.

Les maires de Mbour se rangent derrière le président

Pendant que Sonko intensifie ses attaques, Bassirou Diomaye Faye renforce ses soutiens locaux. Le 12 juillet, jour même du discours de Mbacké, dix des seize maires du département de Mbour ont publiquement soutenu le président. Cette mobilisation illustre la stratégie de Faye pour construire une base politique autonome, distincte de celle du Pastef historique. Le congrès fondateur de son nouveau parti, prévu le 8 août 2026 à la Dakar Arena, symbolisera cette volonté d’émancipation définitive vis-à-vis de l’influence de Sonko.

Une opposition totale sur tous les fronts

Les critiques d’Ousmane Sonko ne se limitent pas aux questions économiques. Il a également attaqué la décision des sept membres du Conseil constitutionnel ayant invalidé une révision de la Constitution, tout en pointant du doigt la responsabilité directe de Bassirou Diomaye Faye dans cette affaire. Le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô a répondu en dénonçant une instrumentalisation politique du patriotisme. Ces échanges publics révèlent une opposition frontale entre deux figures issues du même mouvement politique, désormais en guerre ouverte.

Le contexte politique et religieux du Sénégal

Avec près de 18 millions d’habitants, le Sénégal est situé à l’extrême ouest du continent africain. L’alternance historique de mars 2024 a porté Bassirou Diomaye Faye au pouvoir, sous l’égide du mouvement Pastef et avec le soutien d’Ousmane Sonko. Leur programme prévoyait une gestion souveraine des ressources naturelles, en particulier les réserves de pétrole et de gaz découvertes au large des côtes dakaroises.

Mbacké, ville où s’est tenu le meeting, appartient à la région de Diourbel et représente un bastion du mouridisme, une confrérie soufie majeure au Sénégal. Touba, sa voisine, est la capitale spirituelle des mourides et un enjeu électoral stratégique. La présence de Sonko dans cette zone n’est pas anodine : il cherche à consolider son ancrage dans une région où Faye tente également de s’imposer.

La motion de censure : une arme politique maîtrisée

La menace d’une motion de censure n’est pas un simple coup d’éclat. Ousmane Sonko, en tant que président de l’Assemblée nationale, dispose des moyens juridiques pour engager cette procédure. Cependant, sa réussite dépendra de l’obtention d’une majorité absolue, loin d’être acquise. Le Pastef détient une majorité confortable à l’Assemblée depuis les dernières législatives, mais l’allégeance des députés à Sonko dans cette offensive contre un président issu du même parti reste incertaine.

Cette confrontation politique s’inscrit dans un contexte plus large : la renégociation des contrats avec les multinationales et la définition de la ligne idéologique du Sénégal après l’alternance. Le 8 août 2026, avec le congrès fondateur du parti de Faye, pourrait s’ouvrir une nouvelle phase dans ce conflit qui divise le camp du changement.