22 mai 2026

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Crise des infrastructures au Sénégal : Sonko dénonce un gaspillage de milliards et une justice défaillante

crise des infrastructures au Sénégal : Sonko dénonce un gaspillage de milliards et une justice défaillante

Un audit accablant sur la gestion des infrastructures et du patrimoine public au Sénégal révèle des projets inachevés, des équipements laissés à l’abandon et des cessions de terrains contestables. Le Premier ministre Ousmane Sonko alerte sur un coût exorbitant de plus de 5 000 milliards de FCfa, équivalent au budget national, et interroge l’efficacité du système judiciaire.

Portrait d'Ousmane Sonko lors d'une réunion gouvernementale

Lors d’un Conseil interministériel dédié aux infrastructures et au patrimoine de l’État, le Premier ministre Ousmane Sonko a présenté les conclusions d’un audit révélant une situation alarmante. Parmi les 245 projets et actifs stratégiques recensés, 30 sont achevés mais non opérationnels, tandis que 62 chantiers sont à l’arrêt. Le coût global de ces blocages dépasse les 5 000 milliards de FCfa, un montant que le chef du gouvernement qualifie de « démesuré » et comparable à la dette publique du pays.

Des infrastructures inutilisées et des pertes financières colossales

L’audit met en évidence des projets emblématiques comme le Port de Dakhonga ou des lycées, dont certains, comme celui de Sandiara, traînent depuis 2014. Sur les 245 infrastructures concernées, 30 sont achevées mais restent inutilisées, bloquées par des problèmes majeurs pour un coût de 279 milliards de FCfa. Ousmane Sonko a pointé du doigt des équipements frigorifiques et des quais de pêche non exploités, malgré des investissements massifs.

Le patrimoine foncier de l’État n’est pas épargné : 97 biens immobiliers, principalement à Dakar, estimés à 132 milliards de FCfa, auraient été cédés de manière irrégulière sous l’ancien régime. Certains terrains, valant entre 10 et 15 milliards de FCfa, auraient été vendus pour moins d’un milliard. Le Premier ministre a évoqué des récupérations partielles, mais aussi des irrégularités persistantes dans les procédures de cession.

Une justice en question et des réponses attendues

Ousmane Sonko a exprimé son incompréhension face à l’absence de poursuites dans les affaires de détournement ou de mauvaise gestion. Il a dénoncé un « sabotage judiciaire » et rappelé que « les dossiers appartiennent au peuple sénégalais, pas aux magistrats ». Face à ces critiques, la ministre de la Justice Yassine Fall a promis que les responsables seraient tenus de rendre des comptes, sans pour autant apaiser les tensions au sein du gouvernement.

Un comité de suivi pour relancer les projets

Pour remédier à cette crise, Ousmane Sonko a annoncé la création d’un comité de suivi placé sous son autorité directe. Ce comité aura pour mission de finaliser l’inventaire des projets bloqués, d’identifier les responsabilités et de proposer des solutions de financement, notamment via des partenariats public-privé ou le Fonsis. Onze directives ont été adoptées, dont deux majeures : un recensement exhaustif des infrastructures à achever ou recycler, et la mise en place d’un comité inclusif pour superviser leur exécution.

Le Premier ministre a également insisté sur la nécessité d’améliorer la planification des projets, en intégrant dès leur conception les raccordements techniques (eau, électricité, télécommunications) et les modèles de gestion durable. Une volonté de transparence et de reddition des comptes qui pourrait redonner confiance dans la gestion des fonds publics.