Centrafrique : la terreur wagnérienne s’installe dans la durée
Des exécutions sommaires suivies de décapitations perpétrées par des hommes de Wagner. L’opposition et la société civile multiplient les appels au retrait de ces mercenaires, dotés d’une licence de tuer accordée par Bangui. Dernières nouvelles d’un pays où la violence est devenue le quotidien des habitants.
Au début du mois de juillet, des vidéos d’une brutalité inouïe ont circulé sur les réseaux sociaux, révélant l’un des épisodes les plus sordides de l’histoire récente de la République centrafricaine. Ces images, tournées en zone rurale, montrent des mercenaires de Wagner piéger et abattre des hommes avant de leur trancher la tête. Les crânes, alignés sur un sol poussiéreux, composent une scène macabre, presque théâtrale, tandis que les bourreaux commentent leurs actes avec une froideur glaçante. L’un d’eux, identifiable comme le chef de la milice, hurle : « Vous ne voulez pas la paix ? C’est maintenant. Tuez-les tous ! » Ces scènes rappellent les exactions des groupes djihadistes, où la cruauté était érigée en spectacle.
Une violence qui s’institutionnalise
Parmi les victimes figuraient des membres de groupes armés venus participer à une opération officielle de désarmement, ainsi que des civils, dont un chef de village. Ce qui devait être une démarche de paix s’est transformé en un piège mortel. Les mercenaires de Wagner, épaulés par des supplétifs locaux surnommés les « Russes noirs » par les habitants, ont transformé une mission de sécurité en une chasse à l’homme méthodique. Ces exactions s’ajoutent à une longue série de crimes imputés à ces hommes, dont les agissements sont couverts par un pouvoir centrafricain ayant légitimé leur présence.
Depuis les années 1990, la Centrafrique est souvent qualifiée de « non-État » ou d’« État fantôme ». Les cycles de coups d’État, de mutineries et d’instabilité politique ont laissé le pays exsangue. Le pouvoir central, confiné à Bangui, coexiste avec une myriade de groupes armés qui échappent à tout contrôle, malgré les interventions extérieures comme celle de la Minusca. Dans ce contexte, la présence de Wagner, officiellement présentée comme une coopération bilatérale avec Moscou, a aggravé une situation déjà explosive. La communauté internationale semble s’accommoder de cette réalité, où la barbarie devient la norme.
Un État dans l’État aux mains des mercenaires
Les hommes de Wagner ont pris racine en Centrafrique, imposant leur loi dans un pays riche en ressources minières. Leur emprise s’étend bien au-delà de la simple sécurité : ils contrôlent l’armée, la police, la justice, les services de renseignement et même la gestion de l’aéroport de Bangui. Cette mainmise s’accompagne d’un cortège de disparitions, de tortures et de crimes impunis. Les observateurs locaux vont jusqu’à affirmer que les Wagner dictent leurs ordres aux autorités centrafricaines.
Contrairement à d’autres régions où le groupe a été rebaptisé « Africa Corps » après la mort de son fondateur Evgueni Prigojine en août 2023, la Centrafrique conserve fièrement la marque Wagner. Une statue à la gloire de Prigojine a même été érigée dans le pays, et son anniversaire est célébré chaque année par des soldats locaux aux côtés de leurs « partenaires » russes. Ici, l’ordre colonial renaît sous une forme inédite, où la terreur est le ciment d’une coopération douteuse.
Face à l’horreur du 8 juillet, l’opposition et la société civile ont exigé le départ immédiat des mercenaires et la fin de leur impunité. Mais les autorités centrafricaines, liées à Wagner par un pacte indéfectible, ont choisi d’ignorer ces appels. Les habitants, tétanisés, subissent en silence cette alliance qui a fait de leur pays un théâtre de l’extrême. Il y a quatre ans, lors d’une réunion ministérielle, un conseiller avait exprimé ses craintes quant aux conséquences de la présence de Wagner. Le président Faustin-Archange Touadéra avait rétorqué, sans détour : « Nous avons besoin des Russes. Grâce à eux, nous conservons le pouvoir. » Conserver le pouvoir, coûte que coûte, même au prix de la Centrafrique, un État en dérive où la terreur est devenue la règle.
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