22 juillet 2026

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Cameroun : les zones d’ombre autour de l’absence du président Paul Biya

incertitudes politiques

Cameroun : les zones d’ombre autour de l’absence du président Paul Biya

Quarante-cinq jours après le départ de Paul Biya pour un séjour privé en Europe, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) a réuni ses principaux responsables pour une séance de travail exceptionnelle. Aucune annonce officielle n’a été faite concernant un éventuel retour du chef de l’État camerounais, âgé de 93 ans. Pendant ce temps, le parti au pouvoir assure que les institutions fonctionnent normalement, tandis que l’opposition exige des réponses sur la gestion actuelle du pouvoir et les procédures à appliquer en cas d’absence prolongée du président.

Le président Paul Biya, figure incontournable du Cameroun depuis 1982

Jean Nkuete, secrétaire général du comité central du RDPC, a convoqué une « importante séance de travail » mercredi, comme l’indique un communiqué publié le même jour. Le texte ne mentionne ni les thèmes abordés ni les raisons de cette réunion d’urgence. Officiellement, Paul Biya a quitté le Cameroun le 7 juin pour un « court séjour privé en Europe », selon le cabinet civil de la présidence. Pourtant, aucun communiqué n’a été émis pour indiquer une date de retour, alimentant ainsi les spéculations et les interrogations dans tout le pays.

Face à cette situation, le RDPC tente de rassurer l’opinion publique. Dans un éditorial publié le 15 juillet dans L’Action, Christophe Mien Zok, directeur de la propagande du parti, a tenu à rappeler que « le pouvoir n’est pas vacant » et que « le Lion n’est pas parti ». Il rejette catégoriquement l’idée que le Cameroun serait dirigé en « pilotage automatique ». Parallèlement, les canaux officiels de la présidence continuent de diffuser des messages attribués à Paul Biya, notamment à l’occasion de la fête nationale française et à destination du président du Monténégro. Aucune activité publique du président n’a été rendue publique depuis son départ, renforçant le flou autour de sa situation.

L’opposition réclame des réponses

L’absence prolongée du président a ravivé les revendications de plusieurs figures de l’opposition camerounaise. Jean-Michel Nintcheu, député à l’Assemblée nationale, a appelé le Conseil constitutionnel à constater une vacance de la présidence. L’Union démocratique du Cameroun (UDC) adopte une position plus nuancée. Le parti refuse de spéculer sur la santé de Paul Biya mais souligne que la stabilité de l’État ne peut reposer sur le mutisme ou les rumeurs. Dans un communiqué rendu public le 18 juillet, il affirme qu’une absence prolongée hors du territoire national ne constitue pas, en soi, une vacance du pouvoir. Cependant, l’UDC estime légitime de s’interroger sur l’exercice effectif des prérogatives présidentielles et sur l’application des mécanismes en cas d’empêchement temporaire.

Un vide juridique à combler

La Constitution camerounaise ne prévoit aucune limite temporelle concernant l’absence du chef de l’État hors du territoire national. Plusieurs observateurs soulignent la nécessité d’un examen institutionnel de cette situation, mais aucun texte ne fixe de délai à partir duquel le Conseil constitutionnel devrait intervenir. L’UDC rappelle également que le poste de vice-président, réintroduit lors de la révision constitutionnelle d’avril, reste vacant. Le parti plaide pour une réforme permettant de clarifier le cadre juridique applicable en cas d’absence prolongée du président. Depuis son accession au pouvoir en 1982, Paul Biya effectue régulièrement des voyages en Europe. Celui entamé le 7 juin constitue, à ce jour, le séjour le plus long jamais enregistré sans que la moindre indication officielle ne soit donnée quant à son retour au Cameroun.