13 juin 2026

Voix Panafricaine

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Cameroun : la course au bitumage des routes pour booster l’économie nationale

Avec une moyenne de 488 kilomètres de routes bitumées chaque année depuis 2020, le Cameroun affiche une volonté sans précédent de transformer son réseau routier. Ce rythme, confirmé par les autorités locales, s’inscrit dans une stratégie globale visant à combler le retard structurel du pays en matière d’infrastructures. Dans un territoire où la majorité des axes restent en terre, cette accélération technique positionne le pays comme un acteur clé de la connectivité en Afrique centrale.

Un chantier pharaonique pour redessiner le territoire camerounais

Entre 2020 et fin 2025, près de 2 928 kilomètres de chaussées ont été asphaltés, selon les chiffres officiels. Ces travaux s’articulent autour de plusieurs priorités : désenclaver les régions du Nord et de l’Est, fluidifier les échanges interurbains et renforcer les corridors logistiques indispensables à l’économie nationale. Le bitumage n’est pas seulement une question de revêtement, mais bien un levier stratégique pour l’aménagement du territoire et la réduction des inégalités territoriales.

Pourtant, malgré ces avancées, le Cameroun peine à rattraper son retard face à ses voisins de la CEMAC. Le ratio entre routes bitumées et réseau total reste en deçà des standards régionaux, plaçant l’État sous pression pour accélérer encore davantage la cadence. Les retards accumulés sur les grands projets financés par des bailleurs internationaux ont longtemps freiné cette dynamique, mais les autorités semblent désormais déterminées à inverser la tendance.

Le Cameroun, plaque tournante logistique de l’Afrique centrale

L’impact de ces infrastructures dépasse largement les frontières camerounaises. Le pays sert de porte d’entrée maritime incontournable pour le Tchad et la République centrafricaine, deux nations enclavées dont les échanges commerciaux transitent massivement par le port de Douala. L’amélioration des axes Douala-N’Djamena et Douala-Bangui se traduit par une baisse des coûts logistiques, une réduction des délais et une meilleure fiabilité pour les entreprises opérant dans la sous-région.

Cette modernisation des routes est également un accélérateur pour les secteurs stratégiques comme l’agro-industrie et les mines. Les zones productrices du Sud-Ouest, du Littoral et du Grand Nord dépendent désormais de ces liaisons pour exporter leurs marchandises vers les marchés régionaux ou internationaux. Parallèlement, les investisseurs miniers et forestiers scrutent avec attention la qualité des infrastructures routières, un critère déterminant pour leurs décisions d’implantation.

Défis financiers et durabilité des infrastructures

Derrière ces chiffres impressionnants se cachent des enjeux financiers majeurs. Les projets routiers camerounais reposent sur un financement mixte : ressources publiques, prêts concessionnels de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement, ainsi que des crédits chinois via Eximbank. Si cette diversité permet de mobiliser rapidement des fonds, elle alourdit également la dette publique et impose une gestion rigoureuse des dépenses.

Un autre défi de taille concerne l’entretien des routes. Sans un financement pérenne du Fonds routier et une politique proactive de maintenance, les axes bitumés se dégradent en quelques années seulement, annulant les bénéfices des investissements initiaux. Les autorités ont récemment annoncé des mesures pour sécuriser les recettes d’entretien, notamment via des systèmes de péage et de prélèvements ciblés. La question reste entière : le Cameroun parviendra-t-il à maintenir, voire à accélérer, ce rythme effréné dans un contexte budgétaire de plus en plus contraint ?

Les besoins en infrastructures secondaires, notamment dans les zones rurales, restent colossaux. Le défi des années à venir sera donc double : poursuivre la modernisation du réseau tout en garantissant sa durabilité à long terme.