21 mai 2026

Voix Panafricaine

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Biashara afrika 3 : l’aéroport de Lomé met en lumière les failles de l’intégration africaine

Biashara afrika 3 : quand l’aéroport de Lomé révèle les contradictions de l’intégration panafricaine

Lomé, capitale du Togo, a accueilli la troisième édition du forum panafricain Biashara afrika, censé célébrer l’avancée de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Pourtant, c’est une scène aussi cocasse que révélatrice qui a marqué l’ouverture de l’événement : deux investisseurs africains, munis de passeports nigérian et ghanéen, se sont vu refuser l’accès au territoire togolais, malgré leur appartenance à la CEDEAO.

Un passeport africain, un visa européen : le paradoxe qui choque

Le forum battait son plein lorsque la ministre nigériane de l’Industrie, du Commerce et de l’Investissement, Dr Jumoke Oduwole, a partagé cette anecdote frappante. Deux entrepreneurs, fraîchement arrivés de Europe, se sont retrouvés dans l’obligation de présenter un passeport européen pour fouler le sol togolais. Leur « crime » ? Posséder un passeport nigérian ou ghanéen, pourtant valables au sein de l’espace CEDEAO, où la libre circulation est en vigueur depuis plus de cinq décennies.

Leur expérience résume à elle seule les défis de l’intégration africaine :

« Un investisseur nigérian m’a confié qu’en voyant cette situation, il ne comptait plus investir ici. Imaginez la même scène en Europe : un Africain devrait brandir un passeport européen pour circuler librement sur le continent. C’est impensable. »

Cette anecdote, bien que banale pour les citoyens ordinaires africains, prend une dimension symbolique lorsque des acteurs économiques de haut niveau en sont victimes. Elle interroge : pourquoi les règles de la CEDEAO ne s’appliquent-elles pas uniformément ? Pourquoi la bureaucratie frontalière prime-t-elle sur les engagements politiques ?

Lomé, hub régional en question : l’image écornée par un simple tampon

Le Togo, qui se positionne comme un pôle logistique et financier majeur en Afrique de l’Ouest, a vu son image sérieusement ternie en quelques heures. Le message envoyé aux investisseurs est clair : pour accéder à Lomé, mieux vaut un passeport européen qu’un passeport africain, même issu de la CEDEAO.

Les conséquences sont immédiates :

  • Perte de crédibilité pour le pays en tant que destination d’investissement ;
  • Ralentissement des flux commerciaux intra-africains ;
  • Affaiblissement de la ZLECAf, dont l’un des piliers est la libre circulation des personnes et des biens.

Pourtant, les discours sur l’intégration africaine ne manquent pas. À Biashara afrika 3, les dirigeants et experts ont multiplié les promesses sur le marché unique de 1,4 milliard de consommateurs. Mais face à cette réalité aéroportuaire, ces engagements semblent bien légers.

Faure Gnassingbé lance l’alerte : 48 heures pour agir

Conscient que cette situation risquait de devenir virale et d’éclipser tout le forum, le président togolais Faure Gnassingbé a choisi une réaction immédiate. Sans attendre les rapports interminables ou les commissions d’enquête, il a imposé un ultimatum sans appel à son ministre de la Sécurité :

« Je demande au ministre de la Sécurité de régler cette anomalie sous 48 heures. »

Un compte à rebours a commencé. D’ici la clôture de Biashara afrika 3, le gouvernement togolais devra prouver que les services de l’immigration appliquent enfin les règles de la CEDEAO. Une gageure, mais aussi une opportunité pour le Togo de montrer qu’il prend au sérieux son rôle de hub régional.

ZLECAf : une intégration africaine à l’épreuve des frontières administratives

L’incident de Lomé n’est pas isolé. Il illustre un problème plus large : la ZLECAf, bien que prometteuse sur le papier, reste entravée par des barrières non tarifaires. Les entrepreneurs africains, déjà sceptiques face aux promesses politiques, y voient une preuve supplémentaire que l’intégration n’est qu’un slogan.

Les voix critiques se multiplient :

  • Un économiste ivoirien a souligné : « Sans libre circulation, la ZLECAf n’est qu’une coquille vide. » ;
  • Un homme d’affaires ghanéen a renchéri : « Si nous devons brandir un passeport européen pour investir en Afrique, alors l’intégration n’est qu’un mirage. »

Les solutions ? Harmoniser les règles de visas, digitaliser les procédures frontalières et, surtout, aligner les pratiques administratives sur les ambitions politiques. Car comme l’a montré Lomé, un simple tampon mal apposé peut coûter des millions en investissements perdus.

Le forum Biashara afrika 3 a au moins le mérite de poser les bonnes questions. Reste à savoir si les dirigeants africains seront capables d’y répondre avant que la prochaine anecdote ne fasse les gros titres.