4 juin 2026

Voix Panafricaine

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Bénin et Togo unis pour briser leur dépendance énergétique

Alors que les deux nations d’Afrique de l’Ouest subissent les conséquences d’une dépendance énergétique chronique envers leurs fournisseurs extérieurs, le Bénin et le Togo ont décidé de conjuguer leurs efforts pour sécuriser leur avenir industriel. Face aux risques persistants de pénuries, Cotonou et Lomé misent sur une coopération renforcée pour bâtir une autonomie électrique durable et concrète.

L’incident survenu le 23 avril, marqué par l’incendie de la sous-station ghanéenne d’Akosombo, a privé le réseau régional de 1 000 mégawatts. Résultat : les exportations d’électricité vers le Togo et le Bénin ont été interrompues dès le lendemain. Cet événement rappelle une évidence : en période de crise, chaque pays priorise ses propres besoins énergétiques au détriment de ses voisins. Une situation qui souligne l’urgence d’une solution commune.

Déjà en 2024, le Togo avait dû mobiliser 31 milliards de FCFA en urgence pour pallier la rupture d’approvisionnement en gaz nigérian via le Gazoduc ouest-africain. Ces défaillances répétées révèlent les limites d’une structure comme la Communauté Électrique du Bénin (CEB), créée en 1968 mais restée cantonnée à un rôle de simple transporteur, sans capacité de production autonome.

Adjarala : l’espoir d’une énergie stable et durable

L’heure n’est plus à la réflexion technique, mais à l’action politique. Le projet du barrage hydroélectrique d’Adjarala sur le fleuve Mono incarne cette volonté de changement. Avec un investissement estimé à 266 milliards de FCFA et une puissance de 147 mégawatts, ce barrage promet une production électrique stable sur trois décennies, tout en irriguant 14 700 hectares de terres agricoles au Togo. Un atout majeur pour soutenir la croissance industrielle des deux pays.

Les zones économiques stratégiques comme celle de Glo-Djigbé au Bénin, qui attire plus d’1 milliard de dollars pour la transformation du coton et du cajou, ou encore la plateforme d’Adétikopé au Togo, ne peuvent plus se permettre de dépendre des aléas énergétiques de leurs partenaires régionaux. Une intégration économique renforcée leur permettrait de négocier avec bien plus de poids face aux investisseurs internationaux.

Financer l’avenir par l’épargne locale

Alors que les bailleurs de fonds internationaux se détournent progressivement des énergies fossiles, le Bénin et le Togo explorent de nouvelles pistes de financement. Les Caisses Nationales de Sécurité Sociale (CNSS) et les compagnies d’assurances, disposant de réserves financières importantes, sont désormais sollicitées pour participer à ce projet d’envergure. L’émission d’obligations énergétiques communes, garanties par les deux États, pourrait transformer cette épargne sociale en un levier puissant pour financer des infrastructures énergétiques régionales.

Un engagement politique sans précédent

La visite officielle du président béninois Romuald Wadagni à Lomé, le 3 juin 2026, marque un tournant historique dans les relations entre les deux pays. Les discussions ont abouti à un communiqué commun posant les bases d’une complémentarité économique et infrastructurelle renforcée. Les objectifs sont clairs : le Bénin prévoit d’injecter 100 mégawatts supplémentaires tous les deux ans, tandis que le Togo s’engage à garantir un accès universel à l’électricité d’ici 2030. Cet alignement politique offre une opportunité unique de concrétiser enfin une autonomie énergétique partagée.