Une stratégie de rapprochement accélérée face à l’avancée marocaine
Après plus d’un an de tensions avec Bamako, Alger a choisi de tourner la page. Les relations diplomatiques avec le Mali sont rétablies, et l’espace aérien malien rouvert aux appareils algériens. Avec le Niger, les gestes sont encore plus concrets : livraison de quatre hélicoptères militaires, relance des projets pétroliers et reprise de la commercialisation conjointe du brut nigérien. Derrière ces initiatives, une même préoccupation anime Alger : éviter que Rabat ne transforme son implantation économique et politique en avantage durable au Sahel.
Le Mali, premiers pas vers une réconciliation stratégique
La rupture entre l’Algérie et le Mali, marquée par la destruction d’un drone malien par l’armée algérienne en avril 2025, semblait irréversible. Pourtant, le 10 juillet, Alger a rappelé son ambassadeur à Bamako, tandis que le Mali annoncait le retour de son représentant à Alger et la réouverture de son espace aérien. Cette normalisation s’est accélérée début août, lorsque le Premier ministre malien, Abdoulaye Maïga, a évoqué une «convergence totale de vues» avec Abdelmadjid Tebboune, notamment sur le «respect de la souveraineté des États». Pour Alger, il ne s’agit pas seulement de restaurer des relations bilatérales, mais de reconquérir une influence perdue au cœur de l’Alliance des États du Sahel (AES).
Le Niger, laboratoire d’une nouvelle diplomatie algérienne
Au Niger, les gestes algériens sont plus tangibles. Le 9 août, quatre hélicoptères militaires – deux Mi-24V et deux Mi-171 – ont été livrés aux forces nigériennes, accompagnés de munitions et de matériel de maintenance. Le Premier ministre algérien s’est ensuite rendu à Niamey pour lancer le forage du puits Kafra Sud-Est 1, tandis que Sonatrach et la Sonidep annonçaient leur première commercialisation conjointe de pétrole. En quelques semaines, Alger a combiné sécurité, énergie et coopération économique, trois piliers pour renforcer sa présence dans un pays clé de l’AES.
Une bataille d’influence au cœur du Sahel
Le Mali, le Niger et le Burkina Faso forment désormais le théâtre d’une rivalité entre Alger et Rabat. Les trois pays de l’AES ont rompu avec plusieurs partenaires occidentaux et renforcé leurs liens avec la Russie. Pour Alger, cette recomposition régionale représente à la fois une menace et une opportunité : menacée par l’influence croissante du Maroc, l’Algérie cherche à retrouver sa place auprès de gouvernements en quête de nouveaux alliés. Mais Rabat, avec son réseau d’investissements, de formation religieuse et d’infrastructures, a pris une avance difficile à combler.
Des observateurs soulignent que la diplomatie algérienne agit en réaction à la montée en puissance de son voisin. L’Institut d’études de sécurité (ISS) notait en mars que les efforts économiques d’Alger visaient à «préserver son influence face aux démarches marocaines», tandis que l’International Crisis Group relevait en novembre 2024 que «le Maroc a profité du déclin de l’Algérie au Sahel». Pour Alger, l’objectif n’est plus de conquérir, mais d’empêcher Rabat de transformer ses erreurs en gains politiques.
La difficile réconciliation avec Bamako
La normalisation avec le Mali marque un tournant. Après quinze mois de crise, marquée par la dénonciation de l’accord de paix de 2015 et un incident aérien en avril 2025, les deux pays ont finalement rétabli leurs relations. Le retour des ambassadeurs et la réouverture de l’espace aérien symbolisent cette reprise. Mais au-delà des gestes symboliques, Alger cherche à retrouver un rôle dans les discussions sur la sécurité et l’avenir politique du Sahel occidental. Le Niger, allié clé, a joué un rôle dans ce rapprochement, selon des analyses récentes.
Le partenariat avec Bamako ne se limite pas à une remise en ordre administrative. Les deux pays partagent une vision commune sur des enjeux régionaux, notamment la souveraineté et la non-ingérence. Cette convergence offre à Alger une chance de reprendre pied dans un pays où son influence avait été gravement érodée.
Le Niger, vitrine d’une nouvelle stratégie algérienne
Dès mars 2025, la deuxième session de la grande commission mixte algéro-nigérienne avait défini une feuille de route ambitieuse : énergie, sécurité, transports, santé, finances et infrastructures. Les deux gouvernements avaient qualifié leurs relations de «stratégiques et irréversibles». Depuis, les engagements se sont multipliés : hélicoptères militaires, forage de puits pétroliers et première commercialisation conjointe de pétrole. Ces projets, encore en cours, illustrent la volonté algérienne de diversifier ses leviers d’influence.
Pour Alger, le Niger représente un atout géographique et stratégique. Avec plus de 1 300 km de frontière commune, la stabilité du Niger est une priorité pour la sécurité algérienne. Mais au-delà des enjeux sécuritaires, l’Algérie doit aussi rivaliser avec le Maroc sur le plan économique, notamment dans les hydrocarbures et les infrastructures.
Le Maroc, un rival qui a pris de l’avance
Le problème pour Alger ? Le Maroc a déjà comblé une partie du vide laissé par l’Algérie. Le Mali a retiré sa reconnaissance de la RASD en avril 2025 et soutenu le plan d’autonomie marocain pour le Sahara. Les trois pays de l’AES ont développé leurs relations avec Rabat, renforçant son influence dans la région. Pour Alger, cette évolution est un camouflet : il ne s’agit plus seulement de récupérer des positions perdues, mais d’empêcher Rabat de capitaliser sur les erreurs passées de l’Algérie.
La rivalité entre les deux pays dépasse désormais le cadre régional. Elle touche à la capacité de chacun à rallier les capitales africaines à sa vision du conflit du Sahara. Acculée, l’Algérie semble déterminée à reprendre pied là où le Maroc a progressé, même si sa politique reste largement dictée par la frustration de voir son rival tirer profit de ses propres revers.
Une reconquête fragile et incertaine
La stratégie algérienne actuelle est avant tout une politique de rattrapage. Après avoir perdu son rôle de médiateur au Mali, Alger tente de revenir par des accords bilatéraux, des projets énergétiques et des engagements sécuritaires. Le Niger est devenu le terrain d’expérimentation de cette approche, tandis que le Mali en constitue le test diplomatique principal. Le Burkina Faso, bien que moins médiatisé, complète ce dispositif.
Cette reconquête reste fragile. L’Algérie agit souvent en réaction aux initiatives de Rabat, mesurant son influence à l’aune des pertes de son rival plutôt qu’à celle des bénéfices apportés aux pays du Sahel. Pour peser durablement, Alger devra proposer une offre propre, indépendante de la concurrence marocaine. Sans cela, sa présence dans la région restera conditionnée par les avancées – et les erreurs – de son voisin.
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