21 juillet 2026

Voix Panafricaine

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Abidjan et les minéraux critiques : l’afrique veut écrire sa propre histoire minière

À Abidjan, les nations africaines productrices de minéraux stratégiques ont scellé un engagement fort : transformer leurs ressources naturelles en leviers de croissance économique, industrielle et sociale. L’enjeu ? Créer de la valeur localement, financer le développement durable et bâtir des filières régionales capables de répondre à la demande mondiale, en pleine expansion.

Une conférence ministérielle s’est tenue récemment dans la capitale ivoirienne pour redéfinir la place de l’Afrique dans l’économie mondiale des ressources. Des ministres africains en charge des Mines, de l’Énergie, de l’Industrie et des Ressources naturelles y ont participé, aux côtés de représentants de la Commission de l’Union africaine, du secrétariat de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique, de banques régionales de développement, d’institutions financières et d’investisseurs internationaux.

Abidjan, nouvelle scène d’un partenariat minier continental

L’objectif partagé est sans ambiguïté : faire des immenses réserves africaines de minéraux critiques un moteur de développement durable et inclusif. Les débats ont porté sur la nécessité de renforcer le contrôle des pays africains sur leurs ressources et d’en maximiser les retombées pour leurs populations.

Un tournant nécessaire pour l’exploitation des ressources africaines

Le président de la Banque africaine de développement (BAD), Sidi Ould Tah, a lancé un appel à une refonte en profondeur de la gestion des ressources naturelles du continent. « Cette conférence marque un tournant décisif : il s’agit d’établir un nouveau partenariat pour que l’Afrique maîtrise son destin économique et profite pleinement de ses trésors souterrains », a-t-il déclaré.

Parmi ses priorités, il a souligné l’importance de la transformation locale des matières premières pour générer davantage de valeur ajoutée en Afrique. Il a également insisté sur la nécessité de réformer le financement du développement, estimant que les institutions africaines de financement doivent être consolidées et recapitalisées pour peser davantage sur la scène internationale.

Pour lui, infrastructures durables et industries locales sont les piliers d’une exploitation minière plus profitable, capable de stimuler la création d’emplois et la croissance économique.

La Côte d’Ivoire mise sur son sous-sol pour un avenir prospère

Le ministre ivoirien des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, a rappelé l’importance d’une solidarité renforcée entre les pays africains. « Aucun pays ne peut réussir seul. Nous devons collaborer pour construire des chaînes de valeur régionales et transformer nos ressources en richesses durables et partagées », a-t-il affirmé.

Il a mis en lumière le potentiel minier de la Côte d’Ivoire, où près de 75 % du territoire pourrait renfermer des minéraux critiques. Cette richesse est un pilier de la stratégie nationale visant à hisser le pays au rang de nation à revenu intermédiaire supérieur d’ici 2030.

Pour y parvenir, Abidjan a élaboré un plan ambitieux couvrant la période 2026-2040, doté d’un budget de 38 000 milliards de francs CFA, dont 88 % devraient être financés par le secteur privé.

Des réserves colossales face à une demande mondiale en pleine explosion

L’Afrique détient environ 30 % des réserves mondiales des minéraux essentiels à la transition énergétique, parmi lesquels le cobalt, le lithium, le graphite, les terres rares, les métaux du groupe du platine, le cuivre, le manganèse et le nickel. La valeur totale de ces ressources est estimée à près de 29 500 milliards de dollars, soit plus de huit fois le PIB annuel du continent et près de 20 % des ressources mondiales. Pourtant, environ 8 600 milliards de dollars de réserves restent inexploitées.

D’ici 2040, la demande mondiale devrait connaître une croissance sans précédent : les besoins en métaux du groupe du platine pourraient augmenter de plus de 1 000 %, ceux en lithium de 842 % et ceux en cuivre de 88 % par rapport à 2023.

L’Afrique face à une opportunité historique

Cette dynamique s’inscrit dans un contexte de mutation industrielle mondiale, portée par la transition énergétique. Le marché des véhicules électriques et des batteries pourrait ainsi passer de 7 000 milliards de dollars en 2030 à 59 000 milliards de dollars en 2050.

Les dirigeants africains réunis à Abidjan ont exprimé leur volonté de rompre avec le modèle traditionnel d’exportation de matières premières brutes. Leur objectif ? Faire des minéraux critiques un levier d’industrialisation, de création d’emplois et de prospérité durable pour le continent.